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sircome
6 avril 2012

Dénigrer l’écologie pour dénoncer les conditions de vie des sans-abris

« Notre société jugerait scandaleux que des cartons ou des plastiques jonchent les rues mais des humains, pas de problème : deux films chocs pour dénoncer cette indifférence ». La campagne du collectif Les morts de la rue m’interpelle. Si la cause est noble, la méthode employée pour la défendre l’est beaucoup moins. Pourquoi opposer écologie et social alors que ces deux enjeux sont profondément liés ?

Le Collectif Les Morts de la Rue lutte depuis 10 ans contre l’indifférence dont sont victimes les « oubliés » de la rue. Au moins 390 d’entre eux sont morts en France en 2011. Pour sensibiliser les politiques et le grand public à son action et faire savoir que vivre à la rue mène à une mort prématurée, le collectif lance deux vidéos de sensibilisation (conçues par l’agence l’agence Euro RSCG C&O) en pleine campagne présidentielle.

Les deux films confrontent les progrès de la cause environnementale et la dégradation de la situation des sans-abris pour mieux interpeller, faire réfléchir et réagir. « En associant dans un même propos les avancées en matière de tri sélectif ou de recyclage et les conditions de vie des sans-abri, les films dénoncent volontairement l’indifférence générale et le manque de mobilisation de la société face leur sort » peut-on lire dans le communiqué de presse.

Ces deux films se construisent sur un même modèle, le premier intitulé « Recyclage » démarre sur une vue de papiers et de cartons, une voix off féminine commente « 5 000 000 de tonnes de cartons et de papiers ont été recyclés l’année dernière sans même être incinérés ou mis en décharge, et ça c’est bon pour notre planète » , au même moment la caméra se tourne vers un homme sans-abri allongé dans la rue qui se recouvre de cartons et de papiers avec comme signature visuelle : « Et chaque jour une personne meurt dans la rue » . Le second film « le tri sélectif » démarre sur des vues successives de poubelles de recyclage (papiers, plastiques, métaux , verres), une voix off féminine commente « En 10 ans en France le recyclage de plastique a été multiplié par 8 aujourd’hui la moitié des boites en acier est recyclée et une bouteille sur 2 est placée dans un bac à verres et ça c’est bon pour la planète » , la caméra se tourne au même moment vers une femme sans abris fouillant dans une poubelle de déchets avec comme signature visuelle : « Et chaque jour une personne meurt dans la rue » .

Que penser de cette campagne ?

Je suis bien sûr sensible à cette cause et bouleversé que des personnes sans-abris puissent vivre et mourir dans la rue. Mes moyens d’action me semblent limités : donner un pièce, acheter un sandwich, échanger quelques mots... J’ai le sentiment d’être complètement dépassé par ce problème, que les leviers d’action se situent plutôt à un échelon supérieur, celui des autorités publiques.

Mais cela me perturbe que la « cause environnementale » soit ainsi instrumentalisée et dénigrée dans cette campagne. Cela ne me dérange pas que l’on mette en évidence le déséquilibre entre les efforts faits pour sensibiliser les citoyens au tri et ceux pour aider les personnes sans-abris. Pas plus que l’on interpelle les gens en leur disant : vous faites attention aux déchets mais vous ne voyez plus ces personnes qui vivent dans votre rue. Ce qui me gêne, c’est de terminer chaque démonstration par la petite phrase ironique « Et ça c’est bon pour la planète », l’air de dire : « quelle crétinerie ! ».

Non, l’écologie ce n’est pas que trier ses déchets. Non, ce n’est pas « pour la planète » qu’il faut agir et se mobiliser mais bien pour nous, les hommes vivant sur cette même planète. Non, écologie et social ne s’opposent pas : ils sont fortement reliés. C’est notamment ce que Frédéric Denhez et moi-même expliquons dans notre tribune « Sous les slogans, où est l’environnement ».

Alors c’est vrai que les campagnes de sensibilisation mettant l’accent sur la protection de l’environnement, sur la sauvegarde de cette nature sanctuarisée... se succèdent depuis plusieurs années. Mais les temps changent. Le concept de développement soutenable est justement là pour relier progrès économique, social et écologique. Et les futures campagnes devront apprendre à tisser des liens entre ces trois impératifs et l’on ne peut que regretter ce type de campagnes qui les monte les uns contre les autres.

Source : DOCNews du 6 avril 2012

2 Messages de forum

  • Je suis d’accord avec ton analyse. Les campagnes de communication incitatrices en faveur de l’environnement tombent, hélas, au fil du temps dans la "routinisation". Cela autorise à mon avis ce type de campagnes assez douteuses qui ne font qu’accentuer chez les individus et les collectifs, le sentiment, selon lequel, la cause environnementale n’est pas une priorité en soi. Et si la dimension sociale tout comme la dimension économique d’ailleurs, est imbriquée dans les fonds baptismaux du développement durable ; malheureusement, trop souvent, le développement durable reste assimilé à la protection environnementale, laissant ainsi la brèche ouverte à ce genre de campagnes. Il me semble que cela nous (les communicants) obligent à repenser les modalités d’action de la communication en faveur du développement durable. Comment rectifier le tir en rétablissant "le lien unissant le social et l’écologie" pour parler comme Frédéric Denhez et toi ?

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