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sircome
5 septembre 2012

Handicap et responsabilité sociale des entreprises

Alors que les jeux paralympiques 2012 battent leur plein à Londres, je vous propose cette tribune qui défend l’idée que la RSE peut devenir un levier d’innovations en matière de Handicap pour sortir de l’approche purement réglementaire et adosser cette thématique à la stratégie de l’entreprise. Je suis convaincu qu’en retour, la diversité d’expériences et de profils sera source d’enrichissement, de satisfaction et de fierté pour les salariés, d’amélioration de l’image et donc de performance globale pour l’entreprise.

Le développement durable,
ce n’est pas une mode

Les entreprises jouent un rôle prépondérant dans le dynamisme d’un territoire ou d’un pays : création de valeur, expression des talents, maintien des emplois, formation des salariés, redistribution des richesses, évolution de la société… Toutefois, ce que l’on appelle communément le « business » ne peut plus se faire à n’importe quel prix.

C’est à partir des années 1960 que les premiers mouvements de défense de l’environnement apparaissent. Les impacts des activités industrielles sur l’environnement et la santé (marées noires, pesticides, dioxine, OGM, Tchernobyl…) sont de plus en plus montrés du doigt. La population n’est plus indifférente.

En parallèle, les citoyens prennent conscience des effets pervers de la consommation de masse (épuisement des ressources, achats compulsifs, multiplication des déchets, stéréotypes sur la taille mannequin, la jeunesse…) et de la mondialisation (fracture sociale, discriminations, exploitation des travailleurs, voire des enfants…).

Finalement, le concept de développement durable apparaît comme une vision moderne du développement économique incluant le respect des valeurs humaines (salariés, prestataires, riverains, société en général, générations futures…) et des ressources naturelles (matières premières, biosphère, biodiversité…). L’objectif est de concilier performance économique, progrès social et respect de l’environnement.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE)

Les entreprises (au sens large) ne sont pas dissociées de la société, elles en font partie intégrante. Elles ne peuvent donc pas rester indifférentes aux problèmes économiques, sociaux ou environnementaux qui se posent, sous peine de s’exposer à certains risques, à court ou long terme.

En effet, les industriels peuvent être la cible d’attaques violentes de la part d’ONG qui utilisent à merveille la puissance des réseaux sociaux. Par exemple, Greenpeace (en 2010) et Solidar Suisse (en 2011) ont respectivement reproché au géant de l’agroalimentaire Nestlé de participer à la déforestation des forêts primaires indonésiennes en utilisant de l’huile de palme dans ses barres chocolatées Kit-Kat et d’exploiter les cueilleurs de café pour sa marque Nespresso.

C’est parfois la société toute entière qui s’émeut des conditions de travail chez les sous-traitants industriels, comme en 2004 et 2011 dans les usines asiatiques de Nike et Apple. Plus près de nous, les médias ont fait leurs « unes » des pressions exercées par le top management des entreprises Renault (en 2006) et France Telecom (en 2008 et 2009) sur leurs salariés, parfois poussés au suicide.

Ce sont des cas extrêmes, certes, mais qui montrent que l’image de marque, la réputation et le chiffre d’affaire d’une entreprise peuvent être impactés par des pratiques non responsables sur le plan environnemental ou social. Dès lors, appliquer une philosophie RSE, c’est-à-dire transcrire les principes du développement durable au sein de l’entreprise, permet de prévenir ces risques. Mais ce n’est pas le seul bénéfice.

Ainsi, réduire l’impact environnemental des activités de l’entreprise peut offrir des retours sur investissements rapides en matière d’économies d’énergie ou de matières. Sur le plan social, améliorer les conditions de travail, respecter les différences et brasser les profils permet d’augmenter la motivation des salariés, de favoriser la productivité, de diminuer l’absentéisme ou encore d’attirer (puis conserver) les meilleurs talents. Grâce à leurs solides politiques RSE, Leroy Merlin, McDonald’s ou Mars Petcare and Food, pour n’en citer que trois, sont régulièrement classées au sommet du palmarès des entreprises dans lesquelles il fait bon travailler en France.

À plus long terme, une démarche RSE est un facteur de cohésion et de fierté dans l’entreprise. De surcroît, une telle démarche encourage la créativité et facilite le changement. Bref, elle favorise l’innovation pour créer de nouveaux produits ou services, pour développer des avantages compétitifs et répondre à de nouveaux besoins du marché, comme l’a démontré par exemple Toyota en commercialisant son véhicule hybride Prius dix ans avant tous ses concurrents.

La Mission Handicap :
un maillon important de la démarche RSE

Les personnes en situation de handicap représentent environ 10 % de la population française, sans compter leurs familles et leurs proches. Ce sont potentiellement des salariés, des consommateurs, des fournisseurs, des investisseurs, des décideurs… Tous exigent la même égalité de traitement et la protection contre les discriminations.

Aujourd’hui, de nombreuses entreprises cherchent uniquement à respecter l’obligation légale des 6 %. Et pour cela, nul besoin d’être très innovant. Pourtant, cette thématique mérite d’être intégrée dans la démarche RSE de l’entreprise, afin qu’elle ne soit plus subie mais qu’elle devienne porteuse d’innovations.

La Mission Handicap peut s’intégrer dans plusieurs axes classiques des démarches de responsabilité sociale :

  • diversité et non discrimination : refléter la diversité de la société française au travers des recrutements et, en matière de communication interne, prendre en compte les spécificités ;
  • santé et sécurité au travail : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, adaptation de l’environnement de travail des collaborateurs handicapés et formation spécifique aux nouveaux outils… ;
  • trajectoires professionnelles : penser l’évolution des carrières, les prises de responsabilités, les formations ; accompagner les nouvelles organisations et transformations du travail et les transitions professionnelles…

En interne, il s’agit donc de multiplier les actions pour que le handicap y devienne presque un « non-sujet ». Rappelons pour cela que les partenariats avec des acteurs spécialisés (Agefiph, Halde, Hanploi, Adapt…) sont toujours très riches. En externe, l’entreprise peut valoriser clairement et honnêtement les actions réalisées et travailler sur l’accessibilité des lieux physiques (bureaux, boutiques, lieux d’événements…) et des contenus (site web, documentations, packaging…).

Finalement, la RSE apparaît comme un levier d’innovations en matière de Handicap permettant de sortir de l’approche réglementaire et d’adosser cette thématique à la stratégie de l’entreprise. En retour, la diversité d’expériences et de profils sera source d’enrichissement, de satisfaction et de fierté pour les salariés, d’amélioration de l’image et donc de performance globale pour l’entreprise.

La communication
pour mobiliser et valoriser

En pratique, la mise en place d’une démarche RSE commence par une phase d’analyse : sources de pollution, consommations de matières premières et d’énergie, bien être des salariés, perceptions des parties prenantes sur les activités de l’entreprise… Très rapidement, des actions ciblées de communication interne doivent être mises en place pour présenter le périmètre de l’étude, les méthodes de calcul et mobiliser les personnes ressources.

Dans un second temps, il convient de définir un plan d’actions et les éléments de reporting associés. Cette étape peut se faire avec l’aide d’un bureau d’étude spécialisé et/ou de manière collaborative, avec des salariés volontaires par exemple, pour identifier des actions originales et susciter l’adhésion du plus grand nombre. De plus, mettre en place un réseau de correspondants locaux qui agissent comme relai et entraînement sur le terrain est souvent efficace. En outre, la sensibilisation et la formation des salariés, sur le long terme, sont essentielles.

En parallèle aux actions qui touchent le cœur de métier de l’entreprise, il est pertinent d’intégrer le développement durable dans les gestes quotidiens des salariés : réduction et tri des déchets de bureau, réflexions et expérimentations sur les déplacements, produits locaux et de saison au restaurant d’entreprise, mise à disposition auprès de structures d’intérêt général (ce que l’on appelle le mécénat de compétences)… Grâce à ces actions valorisantes et porteuses de sens, les employés deviendront ainsi les fiers ambassadeurs de l’entreprise et de ses pratiques.

Lorsque les premiers retours se font jour, des actions de communication de plus grande envergure peuvent être lancées auprès des cibles internes et externes pour valoriser le travail accompli. Les conseils d’une agence en communication responsable seront précieux pour éviter tout soupçon de « greenwashing » [1]. Il convient d’être clair, précis et d’apporter des preuves de l’engagement et des réussites effectives (d’où l’importance des indicateurs définis précédemment). Enfin, il ne faut pas hésiter à présenter les difficultés rencontrées et expliquer comment elles vont être dépassées. En effet, les parties-prenantes, qu’elles soient internes ou externes, n’attendent pas la perfection mais la transparence !

Quelques ressources ou exemples
sur le sujet

  • La synthèse d’une étude réalisée en 2004 par le cabinet Novethic et intitulée "Le handicap dans le reporting développement durable des entreprises du CAC 40". Cette analyse des rapports RSE et sites Internet des grandes entreprises françaises (en 2004 donc) confirme que la thématique du handicap n’est abordé que par 20 % des entreprises et de manière trop incomplète. Elle date de 2004 et les choses ont sûrement un peu évolué depuis (enfin, je l’espère !).
  • En novembre 2010, Hanploi.com a organisé une conférence sur le thème "Les managers, moteurs de la responsabilité sociale des entreprises sur le sujet du handicap ?". Les comptes-rendus ne sont plus en ligne mais la vidéo de la table-ronde "Handicap et RSE" est toujours accessible.
  • Un exemple (parmi d’autres) d’une société qui cite clairement le handicap dans sa rubrique RSE : Castorama.

Notes

[1] En publicité, le blanchiment écologique (en anglais greenwashing) consiste à utiliser des expressions ou illustrations qui visent à donner une image écologiquement et socialement responsable à un produit, un service ou une entreprise qui ne l’est fondamentalement pas. Pour en savoir plus sur le greenwashing, je vous invite à lire l’article Aux origines du greenwashing de Yonnel Poivre Le-Lohé.

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