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29 janvier 2006

L’alerte à la pollution dans les médias français

L’association Airparif, qui ausculte la qualité de l’air en région parisienne, est chargée d’informer les autorités et le public en cas de dépassement (ou de prévision de dépassement) des seuils d’information et de recommandation. Quelles sont les caractéristiques du message d’alerte diffusé par les médias ?
L’analyse de la presse française en 2000 réalisée par Mathieu JAHNICH montre notamment que les alertes à la pollution sont surtout adressées aux automobilistes (diminuer la vitesse, faire attention aux contrôles de police) et que peu de conseils sanitaires sont donnés aux personnes sensibles.

Ce texte est une exploitation de la thèse de Mathieu Jahnich. Ce travail repose notamment sur l’exploitation de plus de 1300 documents diffusés par les médias Français en 2000 sur le thème de la pollution de l’air :

— articles de la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle nationale et parisienne (Le Parisien, Le Figaro, Le Monde, Les Échos, Libération, L’Express, Marianne...) - 708 articles ;
— magazines et nouvelles de journaux télévisés des 7 chaînes hertziennes de l’époque (TF1, France 2, France 3 National et Paris - Île-de-France - Centre, Canal +, La Cinquième, Arte et M6) - 441 documents visuels ;
— chroniques et nouvelles de journaux parlés des grandes radios françaises (France Info, France Inter, Radio Bleu, BFM, Europe 1...) - 213 documents sonores.

Concernant les émissions télé et radio, la sélection a été faite en utilisant la base de données de l’Institut National de l’Audiovisuel et les archives Internet des médias (les radios notamment). Les articles de presse ont été réunis grâce au service de documentation de la Direction de la Protection de l’Environnement de la Mairie de Paris.

C’est l’association Airparif qui ausculte l’air en région parisienne et qui est chargée d’informer les autorités et le public par un communiqué de presse adressé à l’ensemble des médias en cas de dépassement des seuils d’information, de recommandation ou de prévision de dépassement.

L’analyse du traitement médiatique d’alerte s’est faite en plusieurs temps :

— Combien de documents de notre corpus correspondent à ce cas précis ?
— Quelle est la structure type d’une alerte et son contenu ?
— Quelles sont les alertes qui s’écartent de ce schéma type ?

Les alertes médiatiques pendant l’année 2000

Les documents d’alerte sont facilement repérables dans la masse du corpus puisque le caractère extraordinaire de ces documents apparaît dans le titre ou dans le lancement. Les mots "pic" ou "alerte" sont parfois employés [1] : "Pic de pollution de niveau 2 à Lyon" ("Journal 19h", France Info, 08/01/2000), "Pic de pollution au dioxyde d’azote lundi dans la capitale" (Le Monde, 23/02/2000), "Alerte antipollution à Paris" ("Le six minutes", M6, 27/01/2000)...

Plus fréquemment, les journalistes mettent l’accent sur les mesures exceptionnelles qui sont mises en œuvre pour réduire les émissions de polluants. Remarquons qu’aucune accroche ne concerne les mesures de protection des personnes sensibles :

— le stationnement résidentiel gratuit : "Stationnement résidentiel gratuit à Paris" (Le Parisien, 26/01/2000)...
— la réduction de la vitesse en Île-de-France : "Ralentir pour moins polluer" (France Soir, 07/03/2000)...
— les contrôles antipollution : "Attention aux contrôles anti-pollution !" (Le Parisien, 28/01/2000)...
— certains contiennent simplement le mot "pollution" : "Pollution de l’air" ("Journal 19h", France Info, 21/02/2000)...
— le terme "risque" est aussi parfois employé : "Risque de pollution" ("Le six minutes", M6, 12/03/2000).

Nous avons compté 61 alertes médiatiques : 35 alertes écrites, 13 alertes télévisées et 13 radiodiffusées. Ces 61 alertes représentent moins de 5 % de l’ensemble du corpus, constitué de 1362 documents médiatiques. La liste de ces messages d’alerte est présentée dans le tableau ci-dessous, en précisant le pic de pollution concerné, la date de diffusion de l’alerte ainsi que le support médiatique.

Sur les 28 pics de pollution identifiés précédemment [2], seulement 10 furent suivis d’alertes médiatiques. Notons que sur ces 10 alertes médiatiques, 6 sont la conséquence d’un dépassement du seuil d’information et de recommandation (ils sont marqués d’une * sur le tableau). Notons qu’une alerte préventive a été déclenchée le 13 juin 2000 [3] mais qu’elle n’a pas été suivie d’un pic de pollution (indice Atmo égal à 4 ce jour là).

Nous avons également ajouté à cette liste les 7 alertes médiatiques diffusées en relation avec des pics de pollution situés hors de l’Île-de-France : dans les Bouches-du-Rhône (les 24 juin, 31 juillet, 13 et 28 août), à Lyon (les 8 janvier et 10 mars) et à Bordeaux (les 3 mai et 10 mars).

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Tableau 1 - Messages d’alerte à la pollution diffusés pendant l’année 2000

Les documents relatifs aux alertes à la pollution sont donc minoritaires par rapport à l’ensemble des documents traitant du problème de la pollution de l’air. Ils sont néanmoins d’une importance cruciale, notamment pour les personnes sensibles. Quelle est la structure de ces messages ?

La structure type de l’alerte

Les messages d’alerte sont quasi-identiques, quel que soit le support médiatique (télévision, radio et presse) : ils reprennent les informations qui sont données dans les dépêches [1]. Le travail journalistique (la recherche d’informations complémentaires) est généralement mince.

La première chose qui saute aux yeux c’est que ce sont les conséquences pour les automobilistes qui sont mises en avant, et non pas le phénomène de pic lui-même ou les risques sanitaires associés comme on aurait pu s’y attendre.

Les conséquences pour les automobilistes

Les deux mesures qui sont quasi-systématiquement annoncées dans les médias sont les limitations de vitesse et le stationnement résidentiel gratuit.

En ce qui concerne les limitations de vitesse, l’information peut-être plus ou moins détaillée : "demain encore, les parisiens devront rouler moins vite" ("Journal 19h", France Info, 21/02/2000) ; "les vitesses de circulation seront aussi abaissées de 20 km heure" ("Le six minutes", M6, 10/01/2000) ; "la vitesse des voitures doit être réduite de 20 km/h aujourd’hui et demain. 110 km/h donc sur les autoroutes et 60 km/h sur le périphérique parisien" ("Journal", Europe 1, 27/01/2000) ou encore "la vitesse sera réglementairement limitée sur l’ensemble de l’IdF et à Paris à un seuil inférieur de 20 km/h aux vitesses autorisées. Les forces de police et de gendarmerie ont reçu des instructions pour procéder à des contrôles systématiques de la vitesse" (France Soir, 28/01/2000).

À propos du stationnement résidentiel gratuit, en plus d’annoncer la mesure prise : "les 112000 places de stationnement résidentiel de Paris sont gratuites aujourd’hui" (Le Figaro, 11/01/2000), certains documents expliquent aussi pourquoi : "bien entendu, il est déconseillé d’utiliser sa voiture aujourd’hui, dans la mesure du possible. Et afin d’encourager cette attitude, le stationnement sera gratuit à Paris pour les résidents" ("Journal", Europe 1, 07/03/2000).

Les rares conseils sanitaires

Lorsque l’alerte est déclenchée, il faut réduire les émissions des véhicules notamment, mais il faut également que la population fragile soit informée de l’augmentation du risque pour qu’elle puisse se protéger. Pourtant, peu de conseils sont donnés en ce sens. La notion de groupe à risque est abordée dans un document sur deux et les conseils sanitaires sont encore plus rares.

Le groupe à risque dans ces journées de crise est bien identifié : "le franchissement de ce seuil peut incommoder certaines personnes (jeunes enfants, asthmatiques, personnes âgées, etc.)" (Le Parisien, 21/07/2000) ou "ces pics de pollution, les premiers de l’année en IdF, représentent un danger pour les jeunes enfants, les personnes âgées et tous ceux qui souffrent d’insuffisances respiratoires" (Le Parisien, 31/01/2000).

Les conseils sanitaires pour les personnes sensibles devraient être en première ligne, pourtant ils sont cités par 3 documents seulement : "les personnes sensibles doivent éviter les activités physiques intenses" ("Journal 19h", France Info, 24/06/2000 et 13/08/2000) et "[cette situation de pollution] engage seulement le public fragile, comme les enfants, les personnes âgées ou les asthmatiques à ne pas sortir et à ne pas faire trop d’efforts" (Le Parisien, 14/08/2000).

Nous verrons ci-après (cf. Les alertes atypiques) que certains journalistes, contrairement à la majorité des alertes, saisissent l’occasion du pic de pollution pour expliquer les effets de la pollution sur la santé.

Le rôle des conditions météorologiques

Si les documents parlent peu des effets sanitaires du pic de pollution, ils reviennent fréquemment sur les causes du pic et notamment sur le rôle des conditions météorologiques. En effet, elles conditionnent en grande partie la qualité de l’air : "ce nouveau pic de pollution est notamment dû à une météo ’défavorable’ : régime anticyclonique, temps froid et ensoleillé, vent faible" (Le Parisien, 28/01/2000) ; "les prévisions de Météo France font craindre le déclenchement d’un nouvel épisode de pollution" (France Soir, 13/03/2000)...

Est-ce que cette mise en avant de l’importance des conditions météorologiques n’installe pas une certaine distance vis-à-vis de l’action, un certain défaitisme ou peut-être un fatalisme lié à la nature ? On ne peut rien faire contre la météo, il faut simplement composer avec elle. Il suffit d’attendre la pluie ou le vent pour que la situation redeviennent normale : "amélioration à cause de la pluie" (Le Figaro, 22/02/2000) ; "on peut commencer à avoir une amélioration à compter de demain, avec un radoucissement du temps et un changement dans la direction de vent qui sera plutôt de sud-Ouest" ("Journal", Europe 1, 27/01/2000)...

Les automobiles à l’image

Si les voitures sont implicitement accusées d’être à l’origine de l’alerte en demandant aux automobilistes de les laisser au garage ou en ralentissant, très peu de documents citent les automobiles : "les gaz d’échappement des automobiles sont la principale cause de ce type de pollution" (Le Parisien, 22/03/2000) ; "avec le soleil et l’absence de vent, le dioxyde d’azote des gaz d’échappement des voitures a tendance à stagner" ("Le six minutes", M6, 06/03/2000) ; "les sources premières sont d’une part les automobiles ou les combustions émanant des centrales énergétiques" ("Journal", Europe 1, 27/01/2000)...

Peu citées dans le discours ou le texte, les automobiles sont néanmoins très présentes dans les images et les photos qui accompagnent les documents télévisés et les articles de presse... Quelques exemples sont présentés dans la page suivante.

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Figure 1 - Imagettes extraites du "Six minutes" de M6 du 27 janvier 2000


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Figure 2 - Imagettes extraites du "20 heures" de TF1 du 28 janvier 2000


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Figure 3 - Photo qui accompagne l’article "Pollution. Les parisiens devront lever le pied" du Parisien - Édition de Paris du 22 février 2000


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Figure 4 - Imagettes extraites du "Six minutes" de M6 du 21 mars 2000


La zone géographique concernée

Les alertes médiatiques informent donc les automobilistes, par le texte et par l’image, qu’ils doivent modifier leur comportement pour permettre le retour à une situation normale. Mais quels sont précisément les automobilistes visés ? Quelle est la zone géographique concernée par l’alerte ? Le pic de pollution concerne-t-il Paris intra-muros ou bien tout ou partie de la région Île-de-France ? Et bien on ne sait pas trop : "pollution parisienne" (France Soir, 12/01/2000), "alerte pollution à Paris" ("20 heures", TF1, 28/01/2000) ou "alerte à la pollution de l’air dans l’agglomération parisienne" ("Le six minutes", M6, 06/03/2000).

Cela dépend peut-être du pic de pollution, qui couvre une zone géographique plus ou moins étendue... Mais, par exemple pour le pic n°2, celui des 26, 27 et 28 janvier 2000, Europe 1 lance : "alerte à la pollution de l’air à Paris" alors que Le Parisien indique : "un pic de dioxyde d’azote enregistré hier en IdF".

Cette problématique de la zone géographique apparaît également au niveau des responsabilités politiques [4] :

  • le Préfet de Police de Paris a autorité sur toute la région Île-de-France et déclenche les limitations de vitesse [5] : "le préfet recommande par ailleurs d’éviter de circuler dans la capitale ou dans l’un des départements de la petite couronne et d’utiliser prioritairement les transports en commun" (Le Parisien, 22/02/2000), "ollution : vitesse réduite aujourd’hui en Île-de-France" (France Soir, 28/01/2000), "depuis ce matin 7 heures, la vitesse autorisée à Paris et en Île-de-France est réduite de 20 km/h" (Libération, 22/02/2000) ;
  • seul le Maire de la Ville de Paris peut décider du stationnement résidentiel sur sa commune [6] : "le maire de Paris a décidé hier la gratuité du stationnement résidentiel dans la capitale aujourd’hui" (Le Figaro, 13/03/2000), "les 112000 places de stationnement résidentiel de Paris sont gratuites aujourd’hui" (Le Figaro, 11/01/2000). Les termes "Paris" et "Île-de-France" sont peut-être employés indifféremment par les journalistes. Cependant, la définition de la zone concernée par le pic de pollution est importante pour les personnes sensibles mais également pour les automobilistes qui sont sensés modifier leurs comportements.

Les trois cartes ci-après illustrent cette problématique de la zone géographique :

  • La première montre que l’agglomération de Paris ne se confond ni avec la région Île-de-France ni avec Paris et sa proche couronne.
  • La seconde présente la répartition spatiale des niveaux observés en 1999 pour le dioxyde d’azote (moyenne annuelle en µg/m3) : le cœur dense de l’agglomération (délimité par l’A86) est concerné par le dépassement de l’objectif de qualité.
  • Enfin, la troisième carte montre qu’en été 1999, c’est le Sud-Ouest de la région qui a compté le plus grand nombre de jours de dépassement de l’objectif de qualité de l’air relatif à la protection de la santé humaine (110µg/m3 en moyenne sur 8 heures) en ozone.
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Figure 5 - Cœur dense et agglomération parisienne (source PRQA)


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Figure 6 - Moyennes annuelles de dioxyde d’azote en Île-de-France en 1999 (source : Aiparif)


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Figure 7 - Nombre de jours de dépassement de l’objectif de qualité de l’air en ozone en Île-de-France - été 1999 (source : Airparif)


Les polluants incriminés

Les polluants incriminés sont parfois cités :

— Le dioxyde d’azote : "une pollution de l’air au dioxyde d’azote comme d’habitude en tels cas" ("Journal 19h", France Info, 21/02/2000), "pic de dioxyde d’azote" (France Soir, 12/01/2000)...
— L’ozone : "une pollution à l’ozone" (Le Parisien, 21/07/2000), "le temps chaud et l’absence de vent favorisent la pollution à l’ozone" ("Le six minutes", M6, 12/08/2000), etc.
— Le dioxyde de soufre : "à Lyon pic de pollution niveau 2 à cause du dioxyde de soufre dans le couloir de la chimie" ("Journal 19h", France Info, 08/01/2000).

Dans certains cas, les seuils limites sont indiqués, avec ou sans valeur chiffrée : "les normes qui s’appliquent pour le dioxyde d’azote pourraient être dépassées" (Le Parisien, 27/01/2000), "samedi et dimanche, les seuils de pollution à l’ozone et au dioxyde d’azote ont été dépassés dans quatre stations franciliennes d’Airparif" (Libération, 14/08/2000), "pic de dioxyde d’azote - seuil des 200 microgrammes par m3 d’air" (France Soir, 12/01/2000) ; etc.

Les journalistes utilisent parfois la notion de niveau d’alerte, mais ils ne sont pas d’accord entre eux sur le nombre de niveaux [7] :

— "c’est le premier des deux niveaux d’alerte qui a été déclenché" ("Le six minutes", M6, 27/01/2000), "le seuil n°1 atteint en IdF" (France Soir, 07/03/2000)...
— ou "à Lyon pic de pollution niveau 2 à cause du dioxyde de soufre" ("Journal 19h", France Info, 08/01/2000), "un dépassement du niveau 2 d’information et de recommandation (200 g/m3 de dioxyde d’azote) sur trois stations de surveillance du réseau" (Le Monde, 23/02/2000) [8].

Les alertes atypiques

Certaines alertes diffusées dans les médias se distinguent des alertes classiques. Quelques journalistes profitent de l’alerte à la pollution pour aborder un ou plusieurs aspects du problème, non directement liés au pic. Quant aux alertes à retardement, l’événement y est raconté au passé...

Les développements originaux

L’alerte à la pollution est parfois l’occasion de développer certains aspects du problème de la pollution de l’air. Nous avons repéré 5 documents qui se démarquent des alertes standard.

Certains documents abordent simplement un thème ou deux de plus que les alertes classiques comme l’augmentation du trafic et le problème de l’ancienneté des véhicules ("20 heures", TF1, 28/01/2000) ou les mécanismes et les symptômes des effets de la pollution sur la santé ("20 heures", TF1, 13/03/2000 et Le Figaro, 14/08/2000).

Un reportage de France 3 Paris Île-de-France Centre ("19/20 Paris", 15/05/2000) aborde le thème de la lutte contre la pollution et présente un "premier bilan des mesures prises dans la capitale [depuis les années 70] pour limiter la place de la voiture et lutter contre la pollution".

Enfin, l’article du Monde daté du 16 août 2000 est très approfondi. En plus des thèmes "classiques", sont abordés les aspects suivants :

  • Le problème de la pollution chronique (par opposition aux pics) : "à Paris, Marseille, Strasbourg, Lyon ou Bordeaux, le dioxyde d’azote et des [composés organiques volatils] comme le benzène dépassent également, en de multiples endroits, les valeurs sanitaires de fond".
  • Les conséquences planétaires de la pollution et les différences entre l’ozone stratosphérique "ce gaz vertueux [qui] protège la Terre d’un excès de rayons ultraviolets" et l’ozone troposphérique "ce gaz [qui] s’avère néfaste pour la santé de l’homme et pour son environnement".
  • La question des procédures d’information et d’alerte : "la nouvelle procédure instaure deux niveaux d’alerte, au lieu de trois précédemment, en cas de pollution au dioxyde d’azote, au dioxyde de soufre et à l’ozone".

Les alertes à retardement

Nous avons remarqué que certains documents identifiés comme alertes médiatiques traitent cette alerte au passé, avec au moins un jour de retard. Seuls 5 articles de presse sont dans ce cas. Une explication de ce phénomène pourrait être le décalage, évoqué plus haut, entre l’annonce du pic de pollution par Airparif par un communiqué de presse et la publication dans les journaux... Le déclenchement du pic le samedi a également reporté certains articles au lundi suivant ! [9]

Dans ces articles, l’alerte — qui vise à provoquer des changements de comportement pour réduire la pollution et se protéger — se transforme en simple information :

  • "Le seuil d’information, premier des deux niveaux d’alerte à la pollution de l’air (par le dioxyde d’azote), a été déclenché hier pour la deuxième journée d’affilée [...] dès jeudi [l’article est paru le lundi suivant], la préfecture de police de Paris avait invité les automobilistes à utiliser les transports en commun" (Le Parisien, 31/01/2000) ;
  • "En raison d’une alerte à la pollution de l’air au dioxyde d’azote, les automobilistes ont dû réduire entre 7h et 20 h, la vitesse de leurs véhicules" (Le Figaro, 22/02/2000) ;
  • "La vitesse des véhicules a été réglementairement limitée mardi 22 [l’article est paru le mercredi 23] entre 7 heures et 20 heures" (Le Monde, 23/02/2000) ;
  • "Une pollution à l’ozone a été enregistrée hier dans les zones rurales du sud et de l’ouest de l’Île-de-France, entraînant le déclenchement du ’seuil d’information et de recommandation’ a annoncé Airparif" (Le Parisien, 21/07/2000) ;
  • "Samedi [l’article a été publié le lundi suivant], les automobilistes de la région parisienne ont été invités à réduire la vitesse de 20 km/h par rapport à celle habituellement autorisée à Paris et en Île-de-France. L’usage des transports en commun a été préconisé sur les panneaux d’affichage de la capitale. Enfin, des contrôles de vitesse et des contrôles antipollution ont été plus nombreux qu’à l’habitude" (Le Figaro, 14/08/2000).

Il est intéressant de remarquer que ce dernier article est l’un de ceux qui a développé un certain nombre de thèmes originaux par rapport à l’alerte type. La publication se faisant deux jours après le communiqué de presse, il s’agissait plus d’informer que d’alerter. Le développement de thèmes non directement liés au pic de pollution prend tout son sens [10].

Conclusion

Concernant le traitement médiatique d’alerte, l’analyse qui a été menée a permis de mettre en évidence la régularité des thèmes abordés par les médias lors des pics de pollution : les conséquences pour les automobilistes et le rôle des conditions météorologiques notamment. Les crises sont espacées tout au long de l’année mais leur retentissement médiatique est souvent fort. Des messages quasiment similaires sont ainsi répétés à de nombreuses reprises, par des médias différents. Par conséquent, le traitement médiatique d’alerte constitue en quelque sorte un second bruit de fond qui se superpose au premier.

Nous avons également remarqué que certaines alertes sortaient un peu de l’ordinaire, en profitant de l’alerte pour aborder des thèmes connexes comme la place de la voiture en ville ou les effets de la pollution sur l’homme et l’environnement.

Si "l’alerte doit être génératrice de messages concrets" [11], en ce qui concerne le pic de pollution, ces messages concrets existent mais nous avons montré qu’ils sont destinés aux automobilistes plutôt qu’aux personnes sensibles susceptibles d’être incommodées.

Notes

[1] Le terme "alerte" peut parfois être employé dans un cas autre que celui du pic de pollution. C’est le cas par exemple de l’article de L’Humanité du 15 mai 2000 qui s’intitule "Alerte. Automobile et pollution de l’air". Cet article traite de la "législation européenne" que "l’Île-de-France aura du mal à respecter".

[2] Voir le dossier intitulé Agenda médiatique et pollution de l’air.

[3] Le Parisien nous informe qu’"à titre préventif, le maire de Paris a donc décidé de mettre en place dès aujourd’hui la gratuité du stationnement résidentiel dans la capitale" (Le Parisien, 13/06/2000). Est-ce que cette mesure prise de manière anticipée est à l’origine de la bonne qualité de l’air ce jour là, contrairement aux prévisions ? Difficile de répondre... Nous reviendrons plus avant dans ce chapitre sur cette délicate question de la prévision.

[4] Bruno FARGETTE souligne à ce propos "l’émiettement des compétences [en région Île-de-France], tant en investissement de voiries et en aménagement urbain qu’en exploitation de la circulation ou encore en réglementation et gestion des stationnements" (FARGETTE Bruno, 2000, "Pollution atmosphérique en Île-de-France : un révélateur du fonctionnement des institutions ?", Pollution Atmosphérique, 168, octobre-décembre 2000, p.547).

[5] Le préfet de police exerce "les fonctions de préfet de la zone de défense de Paris, laquelle est exactement égale à la région administrative d’Île-de-Franc " et c’est lui " qui a pris l’initiative de bâtir pour l’ensemble de la région un arrêté interpréfectoral d’alerte et d’information du public en cas d’épisode de pollution atmosphérique en Île-de-France" (FARGETTE Bruno, op. cit., p.539). Les limitations de vitesse dans toute la région découlent de cet arrêté interpréfectoral (publié le 29 juin 1999 dans le Bulletin Municipal Officiel de la Ville de Paris : n°99-10762).

[6] On peut se demander à ce propos pourquoi les maires des communes de la petite couronne ne prennent pas la même décision concernant le parking résidentiel, voire les parkings-relais, quand ils sont sous leur responsabilité. Là encore, "l’absence d’une structure de solidarité intercommunale" se fait cruellement sentir (FARGETTE Bruno, op. cit., p.543).

[7] La procédure appliquée depuis le 1er juillet 1999 comprend 2 niveaux ("niveau d’information et de recommandation" et "niveau d’alerte"), contre 3 précédemment.

[8] Ce dernier cas est intéressant puisqu’il emploie la bonne terminologie "niveau d’information et de recommandation" mais donne un chiffre erroné... Il faudrait interroger le journaliste pour savoir quelles sont les sources qu’il a utilisées.

[9] Nous avions déjà remarqué que le spot de la qualité de l’air n’était pas diffusé les samedis, dimanches et jours fériés. Nous nous apercevons que c’est pareil pour certaines alertes médiatiques ! Décidément, il vaut mieux pour la santé publique que les pics de pollution se produisent en semaine...

[10] Mais comment savoir s’il s’agit effectivement d’un choix rédactionnel, comme nous le sous-entendons, sans aller se renseigner auprès de la rédaction du Figaro ?

[11] Proposition d’Yves Martin-Holger, conseiller en communication de la DRIRE Île-de-France lors de la réalisation du Plan régional pour la qualité de l’air et animateur des réunions de travail du groupe "Information et communication".

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