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31 janvier 2007

La planète meurt, au secours les médias !

La célèbre émission de Daniel Schneidermann diffusée le samedi 19 novembre 2006 sur France 5 était consacrée au traitement médiatique du réchauffement climatique.

Arrêt sur images : "La planète meurt, au secours les médias !"

La célèbre émission de Daniel Schneidermann diffusée le samedi 19 novembre 2006 sur France 5 était consacrée au traitement médiatique du réchauffement climatique. Quatre invités débattaient sur le plateau :

  • Yann Arthus-Bertrand, photographe et réalisateur de l’émission "Vu du ciel" sur France 2,
  • Hervé Le Treut, directeur du Laboratoire de météorologie dynamique au CNRS et membre de l’Académie des sciences,
  • Denis Cheissoux, producteur du magazine de nature et d’environnement "CO2 mon amour" sur France Inter,
  • Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération.

Voici les thèmes abordés :

  • Les différences de commentaires des présentateurs sur les images d’icebergs à la dérive en Nouvelle-Zélande.
  • Les schémas de modélisation autour du réchauffement climatique dans les JT.
  • Les interviews d’Hervé Le Treut sur le réchauffement climatique sur plusieurs années.
  • L’image de la fonte des neiges au sommet du Kilimandjaro prise par Yann Arthus-Bertrand. Reportage dans le JT de France 2.
  • Un extrait de "Vu du ciel" sur France 2 : les ours blancs menacés en Arctique.
  • Les conseils d’Evelyne Dhéliat sur TF1 concernant l’environnement.

Les vidéos de l’émission sont disponibles à l’adresse suivante : [www.france5.fr/asi/...].

Les différences de commentaires des présentateurs sur les images d’icebergs à la dérive en Nouvelle-Zélande.

L’équipe nous propose de visionner 3 nouvelles diffusées sur TF1 et France 2, à propos des icebergs à la dérive près des côtes de Nouvelle-Zélande.

TF1 – extrait du journal de 13 heures, 6 novembre 2006, Jean-Pierre Pernaut.

« [carte météo] la douceur dans le midi, jusqu’à 20° en Corse et au Pays Basque, en tout cas la planète se réchauffe, et regardez ces images [images aériennes d’un iceberg] qui nous arrivent de Nouvelle-Zélande, une centaine d’icebergs, prêts de la côte, au large d’Auckland, il n’y en a jamais eu autant au même endroit. C’est une nouvelle preuve inquiétante de ce réchauffement de la planète qui touche même l’Antarctique où la banquise est donc de plus en plus fragile. »

France 2 – extrait du journal de 13 heures, 6 novembre 2006, Elise Lucet.

« [plateau] ce n’est peut-être pas une conséquence du réchauffement climatique, mais l’image est spectaculaire [images aériennes d’un iceberg (les mêmes que sur TF1)] et superbe ! Une centaine d’iceberg dérivent actuellement au large de la Nouvelle-Zélande, ils risquent de perturber le trafic maritime. Ce phénomène n’est pas inhabituel, il est en effet fréquent d’apercevoir des icebergs dans la région Antarctique ».

France 2 – extrait du journal de 20 heures, 6 novembre 2006, David Pujadas.

« [plateau] à propos d’environnement, c’est donc ce matin que s’est ouverte la conférence de l’ONU sur le climat, 12e du nom, avec en toile de fond bien sûr le réchauffement. Coïncidence, au même moment, la Nouvelle-Zélande lançait une alerte à la navigation car une centaine d’icebergs géants dérivent vers ses côtes. Frédéric Monteil. [images aériennes d’un iceberg (les mêmes que sur TF1)] Ils ne s’étaient jamais approchés aussi près des îles Auckland, depuis les années 1930 ».

Daniel Schneidermann prend ensuite la parole : « alors, l’information est un art approximatif » ; et propose aux invités présents sur le plateau de « départager Jean-Pierre Pernaud, Élise Lucet et David Pujadas ». Tous expliquent qu’ils ne sont pas en mesure de répondre. La réponse d’Hervé Le Treut est intéressante : « Je ne connais pas la réponse. Ce qui est certain, c’est que l’approche événementielle dans la discipline climatique est toujours très mauvaise, parce que nous travaillons sur des statistiques : un événement ne fait jamais de statistiques. » Le scientifique reprendra d’ailleurs cet argument un peu plus tard dans l’émission, à propos des photos du Kilimandjaro, sommet enneigé il y a 30 ans et pratiquement à nu aujourd’hui. Il reconnaît toutefois qu’il est légitime de les diffuser pour sensibiliser le public ; ce qui le dérange, c’est de qualifier de telles images de « preuves du réchauffement ».

Maya Neskovic précise enfin que l’iceberg en question s’est décroché de la banquise il y a six ans et que « selon l’institut de recherche sur l’eau et l’atmosphère de Nouvelle-Zélande, c’est vrai qu’il n’y en avait jamais eu aussi près des côtes depuis 70 ans, mais donc ça veut dire qu’il y en avait déjà eu avant… ».

Interviews d’Hervé Le Treut sur le réchauffement climatique sur plusieurs années.

Les journalistes d’Arrêt sur images se sont intéressés aux interventions télévisées d’Hervé Le Treut. Ainsi, Maya Neskovic explique que « dans chaque sujet sur le réchauffement climatique, en plus des images des grosses fumées d’usines qui sortent des cheminées, des pots d’échappement et des morceaux de glace qui se décrochent de la banquise, il y a toujours un scientifique, en l’occurrence vous, qui va appuyer la démonstration et nous expliquer que d’après les calculs faits dans le labo, la fin du monde est proche. Mais parfois, le problème c’est que le discours prudent, mesuré, plein de conditionnel du dit scientifique, ne colle pas avec le ton plutôt alarmiste de ce qui le précède. »

Trois exemples d’extraits de journaux télévisés sont diffusés (TF1 - 19 septembre 1995, France 3 - 19 janvier 2000 et à nouveau TF1 - 12 janvier 2004). Le dernier extrait est particulièrement parlant :

Journaliste off : « d’ici 2100, une canicule et une sécheresse comparable à celle de 2003, pourraient s’abattre sur l’Europe un été sur deux. »
Hervé Le Treut interviewé : « ce qu’on peut dire c’est si le climat se réchauffe, en moyenne, on va avoir des épisodes de canicule qui vont venir toutes les quelques années, toutes les 2, 3 ou 4 on ne sait pas, mais beaucoup plus fréquemment que maintenant ». 


Daniel Schneidermann s’exclame : « on voit bien le choc des deux registres de discours ». « Quand vous vous exprimez devant les caméras, vous savez que ce qui sera retenu de votre intervention sera nécessairement très court, vous pensez d’abord à informer le plus justement possible ou à mobiliser ? »

Hervé Le Treut : « je pense que la justesse du discours est très importante. On cherche parfois les deux, bien sûr, mais je pense que la justesse du discours est très importante parce que d’abord on est dans des domaines scientifiques qui évoluent, donc la justesse du discours c’est ce qui permet, à la longue, de ne pas se contredire, et c’est très important parce qu’on est face à un sujet qui va nous accompagner pendant de nombreuses années. Et puis je crois que l’autre élément qui est important c’est qu’on a besoin de repères quantitatifs, c’est-à-dire de repères qui vont un peu au-delà de l’alerte. La phase d’alerte est une phase très importante, et qui probablement justifie un discours autre que celui des scientifiques tout seul, et de toute façon, tout justifie un discours beaucoup plus large que celui des scientifiques. Au-delà de l’alerte, il y aura besoin de mettre en relation ce problème du climat, avec les autres problèmes de la société. Et là on a besoin d’échelles de valeur. Donc le discours a besoin d’être précis. »

Les conseils d’Évelyne Dhéliat sur TF1 concernant l’environnement

Plusieurs extraits de bulletin météo, parfois assez anciens, nous montrent Évelyne Dhéliat en train de donner des conseils très pratiques en matière d’environnement.

TF1 – 26 septembre 2006 « le réchauffement climatique, c’est une évidence et pour lutter contre ce réchauffement, il faut faire des économies d’énergie : moins de combustibles brûlés, ce sont des gaz carboniques en moins dans l’atmosphère, d’autant plus que ce gaz carbonique reste une centaine d’années dans l’atmosphère, et ça c’est pas bon pour la planète. »
TF1 – 15 février 2005 « le bon geste à faire c’est de ne pas laisser vos appareils électriques allumés en veille, vous les éteignez totalement, vous ferez jusqu’à 10 % d’économies d’énergie et c’est bon pour la planète ! »
TF1 – 27 janvier 2005 « par ce froid, la bonne chose à faire pour le chauffage c’est d’avoir des thermostats d’ambiance, ça permet de réguler la température, et de faire jusqu’à 25 % d’économies d’énergie, et c’est bon pour la planète. »
TF1 – 2 février 2005 « et puis, le bon geste à faire, c’est de préférer les douches aux bains, vous consommez jusqu’à trois fois moins d’eau, et c’est bon pour la planète. »
TF1 – 10 février 2005 « le bon geste à faire, c’est tout simplement de mettre un couvercle sur votre casserole, lorsque vous faites cuire des aliments ou que vous faites chauffez de l’eau. Vous économisez jusqu’à 40 % d’énergie, et c’est bon pour la planète ! »
TF1 – 17 mars 2006 « vérifiez la pression de vos pneus, d’abord parce que des pneus sous gonflés c’est dangereux, et en plus ça entraîne une surconsommation de carburant, et ça c’est pas bon pour la planète. »


Le débat lancé par Daniel Scheidermann est intéressant : « vous disiez tout à l’heure [s’adressant à Denis Cheissoux] qu’il allait falloir prendre la mesure des modifications à apporter à nos comportements, est-ce que ce type de séquence va dans le bon sens ? ». Malheureusement, le débat n’aura pas véritablement lieu. Denis Cheissoux commence à répondre en indiquant que « le geste écologique permet aux uns et aux autres de comprendre ce qui se passe » mais il partira ensuite sur d’autres considérations (la mauvaise connaissance de nos consommations d’énergie). Aucun intervenant ne reviendra ensuite sur la question de la proposition de « petits gestes » pour « sauver la planète ».

La stratégie des « petits gestes » est mise en avant aujourd’hui par de nombreux acteurs en France et en Europe, comme le ministère de l’Écologie, par exemple, dont le slogan de la dernière campagne était « il n’y a pas de petits gestes quand on est 60 millions à les faire ». Est-ce efficace de proposer aux citoyens des gestes quasiment insignifiants pour lutter contre un phénomène planétaire, contre une catastrophe annoncée ? Qu’en est-il des décisions, souvent plus politiques, concernant les modes de vie, la périurbanisation, les transports, etc. ?

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