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sircome
5 septembre 2013

Nous voulons être reconnus comme un média généraliste au filtre DD

Terra Eco fêtera ses dix ans le 5 janvier prochain. Le site Internet et mensuel papier fait figure de petit miracle ou d’ovni dans le secteur de la presse engagée. Échanges avec Walter Bouvais – son cofondateur et directeur – au cours de la 11e université d’été de la communication pour le développement durable.

L’objectif en 2004 était-il de créer un journal du ou sur le développement durable ?

Non surtout pas. Deux envies ou besoins nous taraudaient : d’abord nous voulions faire un travail de vulgarisation des mécaniques économiques connecté aux enjeux sociaux et culturels ; ensuite nous tenions à traiter des questions sociales, environnementales, économiques et culturelles de façon globale et pas fractionnées comme elles le sont systématiquement.

En plus vous étiez journaliste donc pas nécessairement formé ou armé pour ce type d’entreprise ?

Effectivement, je suis devenu entrepreneur par hasard et sur le tas. Mais nous n’avions pas le choix. Pour porter le projet éditorial, il fallait bien un support. Alors on s’est lancé dans ce qui est devenu une décennie de joie, de peine et de beaucoup de travail. On appelle aujourd’hui les deux premières années celles du « garage ». Sans être payé, avec des moyens de bric et de broc, on a bricolé. La période a d’ailleurs été tellement épuisante que lorsque sont arrivés quelques fonds « d’amorçage », de « pépinière » pour développer le projet… nous avons attendu six mois pour embrayer !
J’ai aujourd’hui l’impression que nous avons gravi dix fois l’Everest…

Et le défi suivant, c’est de durer en tant que bi-média ?

Oui c’est le métier de tout entrepreneur. Mais en plus le secteur de la presse se caractérise par un décalage entre un niveau d’exigence très élevé et des moyens insuffisants. Alors il faut sans cesse jongler, tout en ne perdant jamais de vue que seule la qualité éditoriale attire les lecteurs puis les annonceurs.
Finalement pourquoi sommes-nous toujours là ? Parce que l’offre d’un projet éditorial authentique et fort a rencontré une demande. Au fond, l’alchimie se résume à ça.

Après les « années garage » puis la période d’installation, quel est aujourd’hui votre modèle économique ?

Il n’est pas figé et continue à évoluer au fil du temps. Aujourd’hui nous employons 20 personnes et sommes en équilibre grâce à trois types de financement : la publicité représente environ 20 %, les activités et produits dérivés 25 %, le reste provenant majoritairement des 17 000 abonnements et ventes en kiosque à l’unité.

Vous restez donc dans un modèle relativement traditionnel. Comment sont gérées les relations entre les annonceurs et le projet éditorial ?

Déjà, la pub représente une préoccupation mais pas une priorité. Notre titre a pour objectif de produire du contenu éditorial et de promouvoir un changement de société mais pas de faire des bénéfices.
La publicité ne nous intéresse que dans la mesure où elle nous permet de remplir ce rôle ambitieux d’informateur impliqué.
Les relations entre les annonceurs et Terra Eco sont encadrées par une charte en 4 points qui (ré)affirment des principes d’engagement DD des premiers et la totale indépendance de la rédaction du second. Et quand EDF nous met sur liste noire, tant pis on assume. De la même façon, les articulations ne sont pas toujours simples avec les annonceurs financiers… Mais c’est justement aussi cette posture de transparence et d’indépendance qui apporte ou fidélise d’autres annonceurs.

Vous commencez également à expérimenter le mécénat ?

On teste un dispositif de mécénat qui s’inscrit dans le cadre du financement participatif. Les lecteurs peuvent nous demander de s’engager dans l’aventure entrepreneuriale et je trouve très saine cette relation financière structurelle distincte de l’abonnement. Mais ce n’est pour l’instant qu’une intuition que nous allons continuer à développer… Il n’existe pas de solution miracle. Pro Publica aux États-Unis est un site d’information qui dépend entièrement d’une fondation. Il est pourtant en train de chercher à diversifier son financement. La démarche économique la plus efficace consiste donc à faire preuve de bon sens et à ne pas « mettre ses œufs dans le même panier ».

Terra éco s’appelait à l’origine Terra Economica… pourquoi avoir changé de nom ?

Oui notre base line est passée en même temps du « média du DD » au « média qui change le monde »… rien que ça ! Nous n’avons jamais voulu nous positionner dans une niche et le changement de titre en 2009 affirme cette volonté d’ouverture, notamment avec la polysémie de Terra Eco comme économie mais aussi comme écologie.
Ce qui n’empêche pas que nous sommes encore souvent cités dans les revues de presse par exemple comme un journal écolo, vert ou DD… En traitant de questions sociétales, nous essayons avant tout d’être utiles et de servir à la transformation de la société vers un nouveau paradigme.

Pour mémoire : http://www.terraeco.net/.

P-S

Merci à Nathalie Dollé, journaliste consultante, d’avoir conduit cette interview à Bordeaux et d’avoir rédigé l’article ;-)

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