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sircome
1er juillet 2015

Vulgariser la science derrière le label MSC est un vrai challenge

Le Marine Stewardship Council s’engage pour la préservation des espèces et de l’habitat marins grâce à un label environnemental exigeant. Stéphanie Poey est en charge de la communication en France de cet organisme. Dans l’interview qu’elle nous a accordé, elle souligne le déploiement de ce label, tant auprès des acteurs de la filière que des consommateurs. Elle nous explique aussi que derrière l’expression « pêche durable » se cache une réalité très complexe qu’il faut rendre compréhensible, en évitant les raccourcis et les idées reçues.

Bonjour Stéphanie et bienvenue sur Sircome.fr. Vous êtes Responsable Communication France du Marine Stewardship Council (MSC). Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai fait des études d’ingénieur en agronomie avec une spécialisation en environnement à Bordeaux. Attirée par les métiers de la communication, je me suis ensuite formée sur le terrain, en travaillant pendant trois ans dans une agence spécialisée dans l’agriculture. J’ai eu l’occasion d’y mener de nombreux projets pour des clients de secteurs variés, allant du machinisme agricole, à l’industrie phytosanitaire en passant par le photovoltaïque.

J’ai ensuite voulu réconcilier mon activité avec mon attrait pour les métiers de l’environnement, en travaillant pour le Marine Stewardship Council et en mettant mes compétences au service de la préservation des océans.

Comment se « porte » le label MSC en France ? quelles sont les perceptions associées à ce label (qualité ? protection des ressources ? traçabilité ?) et comment évoluent-elles ? les ventes sont-elles en progression ?

Face aux risques de la surpêche, le MSC s’engage pour la préservation des espèces et de l’habitat marins grâce à un label environnemental exigeant qui permet aux consommateurs de faire le choix de la pêche durable.

Selon notre dernière étude sur le comportement d’achat des consommateurs de poissons, 73 % des personnes interrogées pensent que l’achat de produits de la mer durables permettrait la préservation des stocks de poissons et plus de 9 personnes sur 10 estiment que la préservation des océans est un enjeu important.

Cela se ressent sur le développement très encourageant du label MSC en France, comme à l’international. Le bureau français a ouvert en 2009 et, en un peu plus de cinq ans, de nombreux progrès ont été réalisés en termes de sensibilisation et d’engagement de la part des pêcheurs, des entreprises de produits de la mer et des consommateurs.

Aujourd’hui, sept pêcheries sont certifiées MSC en France proposant du lieu noir, du cabillaud, de l’églefin, de la sardine, du homard, du hareng et de la légine pêchés dans le respect des stocks de poissons et des écosystèmes marins.

Les captures certifiées MSC représentent environ 10 % des volumes pêchés en France. Du côté du marché, on comptait début 2009 une centaine de produits de la mer labellisés MSC alors qu’on s’approche aujourd’hui des 1200 produits commercialisés par plus de 100 entreprises, marques ou distributeurs certifiés MSC pour leur traçabilité.

C’est grâce à l’engagement de ces pêcheurs et entreprises de la chaîne d’approvisionnement que le consommateur peut être rassuré sur la provenance de son poisson lorsqu’il repère le label MSC.

Reconnu en France par près d’un acheteur de poisson sur trois, nous multiplions nos efforts afin que le label MSC soit davantage identifié et mieux compris des consommateurs désireux de consommer durablement, sur un marché où les labels et promesses de marques sont nombreux.

Vous venez de lancer une campagne « Des pêcheurs sachant pêcher » : quels en sont les objectifs ? les premières retombées ?

La campagne « Des pêcheurs sachant pêcher » permet au consommateur de mieux comprendre ce qui se cache derrière le label MSC et de découvrir des pêcheurs engagés pour la préservation des océans.

Notre but est à la fois d’envoyer un message optimiste au consommateur en lui montrant qu’il est encore temps d’agir et que chacun peut le faire à son échelle, mais aussi de présenter ces pêcheurs, déjà acteurs du changement, qui adoptent des pratiques de pêche durable.

Nous avons réalisé des portraits vidéo de Romain, Gaëtan, Pascal et Bernard, à bord de leur bateaux afin qu’ils partagent leur quotidien de pêcheur de homard, sardine, cabillaud ou lieu noir certifiés MSC et leur engagement pour la préservation des ressources marines.

Nous avons utilisé la viralité que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux pour diffuser cette campagne, en utilisant une vidéo d’accroche, un happening en caméra-cachée, où une cliente, à son passage en caisse de supermarché, est surprise par une foule déchaînée de pêcheurs venus la remercier pour avoir choisi un produit labellisé MSC.

Ces vidéos ont été vues plus de 20 000 fois en moins d’un mois et nous avons eu de nombreux retours positifs. Ce ton, décalé mais positif, se retrouve également dans la vidéo réalisée par le MSC pour cette Journée Mondiale des Océans du 8 juin. On y voit différents poissons danser sur le tube Blue Monday de New Order. Un clin d’œil pour cette journée spéciale qui tombait cette année un lundi, un lundi bleu, et une opportunité pour faire connaître le label MSC à un large public via les réseaux sociaux.

Plus largement, quels sont les enjeux de communication autour de la pêche responsable vers les consommateurs ? Quels sont vos moyens d’actions ? Quelles sont vos réussites et les difficultés rencontrées ?

Notre principal défi est d’expliquer au consommateur ce qu’est une pêche durable. Derrière ces deux mots très simples se cache une réalité très complexe qu’il faut réussir à rendre compréhensible, en évitant les raccourcis et les idées reçues.

Par exemple, on ne peut pas juger de la durabilité d’une pêcherie uniquement par rapport à l’espèce qu’elle cible ou uniquement par rapport au type d’engin de pêche qu’elle utilise ou seulement par rapport à la zone géographique où elle opère. Il faut prendre en compte l’ensemble de ces données combinées qui font que chaque pêcherie est spécifique puis mener une évaluation approfondie qui pourra déterminer sa durabilité selon le Référentiel MSC.

Autre exemple, dire qu’il faut arrêter de manger du cabillaud est une fausse idée, car tout dépend de la santé du stock de cabillaud dont on parle. En effet, celui d’Arctique Nord-Est, en Norvège, est en excellente santé alors qu’il peut être en état de surexploitation ailleurs.

Le label MSC ne peut être attribué qu’à une pêcherie définie par une espèce cible, une technique et une zone de pêche qui aura prouvé, après évaluation, qu’elle respecte les stocks et les écosystèmes marins et que son système de gestion est efficace.

Vulgariser la science derrière le label MSC est aujourd’hui un challenge à relever, absolument indispensable afin d’éclairer le consommateur, le rassurer et le guider dans ses choix. Pour cela, nous communiquons via les médias, des évènements en magasins ou organisés en partenariat avec d’autres ONG ou Aquariums, le web et les réseaux sociaux ou encore notre programme pédagogique « graines de pêcheurs ».

La reconnaissance du label augmente progressivement (de 23 % en 2012, elle atteint 28 % en 2014), mais nous avons encore beaucoup à faire.

Quelles sont les actions de communication que vous menez envers les acteurs du secteurs : pêcheries, industrie agroalimentaire, distributeurs, pouvoirs publics...

Nous travaillons avec tous les acteurs de la filière pêche, des pêcheurs jusqu’aux distributeurs et restaurants, en passant par les pouvoirs publics et les associations environnementales.

Nous organisons avec les pêcheurs des réunions d’information et de sensibilisation, des voyages de presse et essayons au maximum de mettre en avant leur engagement pour la pêche durable.

Nous organisons également avec les marques et distributeurs des opérations en magasins pour informer le consommateur directement sur le lieux de vente. Depuis 2010, nous organisons notamment une opération annuelle avec Carrefour et plusieurs marques associées pour mettre en valeur, sur une période donnée, les produits de la mer durables labellisés MSC à travers une mise en avant et de l’affichage en magasins, des jeux concours et une communication web.

Vous avez notamment participé à une journée spéciale à l’Aquarium de Paris le 7 juin dernier. Quel était l’objectif de cet événement ? Les enfants sont-ils un public cible privilégié ?

À la veille de la Journée Mondiale de l’Océan, nous avons organisé une journée de sensibilisation pour enfants et parents. L’Aquarium Cinéaqua jouant un rôle clé dans la sensibilisation du grand public, nous nous sommes associés pour que cette journée festive soit aussi instructive.

À travers la plongée de l’apnéiste Fred Buyle dans le bassin à requins, un Food Truck offrant des Fish & Chips certifiés MSC, un jeu de pêche durable et un atelier de dessins pour les enfants, nous avons réussi à sensibiliser de nombreux visiteurs à l’importance de la préservation des océans, la pêche durable et la consommation responsable.

Merci beaucoup Stéphanie pour toutes ces précisions. Les lecteurs intéressés peuvent suivre votre actualité notamment sur Facebook et Twitter.

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