[]
 
rss twitter twitter rss
sircome
18 novembre 2013

Web et réseaux sociaux : quels impacts pour les journalistes scientifiques ?

Dans un secteur en crise, où tous les médias veulent exister sur le web, les journalistes sont tiraillés entre leurs principes journalistiques et les réalités du terrain. La tentation du suivisme et du copier-coller est grande. Dans leur travail de veille, la messagerie reste la première source d’information. Alors que les usages des réseaux sociaux sont encore flous, tous les journalistes rencontrés expriment la nécessité de s’entretenir directement avec les scientifiques et soulignent le rôle important joué par les services de presse des organismes de recherche.

L’étude que nous avons réalisée en 2012 montrait que les journalistes étaient des publics privilégiés de la communication numérique (en particulier Twitter) des organismes de recherche.

Mais comment les journalistes scientifiques vivent-ils la « révolution numérique » ? Quels sont leurs usages du web et des réseaux sociaux pour faire leur travail au quotidien (veille, approfondissement des sujets, valorisation d’un article…) ? Quels sont leurs regards et leurs attentes vis-à-vis des producteurs de science ?

Pour apporter des éléments de réponse à ces questions et formuler des recommandations concrètes pour les organismes, nous avons interrogé 25 journalistes scientifiques. Nous présentons ici une synthèse des résultats de cette nouvelle étude, financée par l’ADEME, l’ANDRA, le CEA, l’INRS, l’INSERM et l’IRSTEA.

Pour en savoir plus, contactez-nous :-)

Sommaire :

Un secteur en crise

Au cours des entretiens, les journalistes se sont exprimés sur la crise que traverse la presse depuis quelques années et ses impacts sur leur métier : concurrence toujours plus rude, multiplication des canaux de diffusion (le web et les réseaux sociaux en tête) et des blogueurs, accélération des flux...

Aujourd’hui, le temps court concerne tous les journalistes. Avec le web, tous les médias doivent relayer les informations qui font l’actualité pour ne pas être absents des résultats de recherche, quitte à privilégier le « copier-coller » et le « suivisme » au détriment des principes journalistiques.

Les journalistes ont par ailleurs souligné l’intérêt du public pour les contenus scientifiques, comme en témoignent les bons résultats des rubriques sciences dans les journaux papier et les sites web et contrairement aux idées reçues (en particulier des patrons de presse).

Le métier de journaliste scientifique

Les journalistes ont pris le temps de nous décrire leur quotidien, leurs méthodes et leurs difficultés à trier l’information, à identifier un sujet puis à l’approfondir. Bien sûr, l’impact du web et des réseaux sociaux se fait sentir dans ces différentes phases. Très souvent, les journalistes indiquent qu’ils s’inspirent de ou prennent conseil auprès de confrères experts : les journalistes prescripteurs.

L’e-mail reste leur première source d’information et ils en reçoivent des centaines par jour. Le tri se fait donc de manière expéditive. Pour certains, mais pas pour tous, les réseaux sociaux et notamment Twitter représentent des sources d’information complémentaires. Les communiqués classiques, les conférences et voyages de presse, l’enrichissement du site web des organismes restent des outils de communication indispensables. La finalité étant d’accéder aux sources premières (les études publiées) et à la parole des scientifiques.

Le journaliste scientifique
face aux réseaux sociaux

Avec chaque journaliste, nous avons discuté de l’impact du développement des réseaux sociaux sur son activité professionnelle. Il en ressort notamment que les pratiques sont encore très floues, diverses et mouvantes. Les réseaux sociaux sont en pleine construction, avec des usages encore non fixés. Ce constat est confirmé par l’analyse de la présence et de l’activité de 50 journalistes sur les réseaux. Le clivage générationnel est clair : les jeunes journalistes scientifiques sont happés par le web et friands de nouveaux horizons pour la science et sa communication (communautés web, groupes de discussion…).

Nous avons ressenti un tiraillement entre les principes journalistiques (l’enquête, les sources, les avis partagés, l’angle original…) et les réalités du terrain (manque de temps, de moyens, impératif de publication à chaud…). Le manque de temps et les effectifs réduits pour aller sur le terrain, les gadgets numériques, la guerre du référencement peuvent faciliter le journalisme « assis » et le « suivisme » qui font qu’un sujet devient incontournable simplement parce que les concurrents l’ont traité.

Toutefois, certains journalistes adoptent une posture de résistance. Un journaliste consciencieux prendra le temps de faire son travail, de prendre du recul. Mais ce n’est semble-t-il pas l’espèce la plus répandue. Les organismes producteurs de science peuvent (et doivent) soutenir ces journalistes et ne pas encourager le suivisme.

Le rôle des services presse/communication

Les journalistes ont pu exprimer leurs attentes vis-à-vis des services de presse des organismes de recherche, de manière spontanée ou assistée mais aussi leurs critiques. Tous les journalistes rencontrés expriment la nécessité d’aller à la source, de s’entretenir avec les scientifiques a minima par téléphone, au mieux en face à face.

Dans cette quête de la relation directe avec le chercheur, les services de presse (la « com’ ») sont parfois perçus comme des freins, des filtres perturbateurs. Cependant, les journalistes reconnaissent qu’ils ont un rôle important à jouer pour trouver les interlocuteurs pertinents (et nouveaux) au moment où ils en ont besoin.

S’ils évoquent assez-régulièrement des relations privilégiées avec telle ou telle attachée de presse, ils critiquent souvent le manque de connaissance de la part des services de presse des spécificités de leur métier en général ou de leur média en particulier. Ils se plaignent souvent d’être considérés comme une masse indifférenciée.

Le rôle des services de presse est donc de faciliter le travail des journalistes en mettant à leur disposition les informations pertinentes, adaptées à leur situation et au moment précis où ils les recherehent. Mais jusqu’où les organismes doivent-ils aller (et en ont-ils les moyens) ? Illustrations, vidéos, infographies, fiches synthétiques, dossiers complets, citations ou interviews intégrales… Là encore, les journalistes sont tiraillés entre le côté pratique qui permet de gagner du temps et la résistance à l’uniformité, l’affirmation de leur rôle dans la collecte et l’analyse de l’information.

Communication, information et débat public

Les journalistes sont généralement « en confiance » vis-à-vis de la recherche publique. Il apparaît que de nombreux journalistes indépendants et spécialisés travaillent à la fois pour la presse d’information mais également pour la presse institutionnelle (le Journal du CNRS, celui de l’INSERM, etc.). La crise des entreprises médias renforce d’ailleurs cette pratique qui pose la question des conflits d’intérêts. Et certains journalistes s’en inquiètent.

Au cours des entretiens, les journalistes se sont interrogés sur le niveau de participation des organismes de recherches et de leurs scientifiques au débat public. Les journalistes ont bien conscience de la pluralité des points de vue au sein des organismes de recherche et de la difficulté que cela représente pour les organismes. Naturellement, plusieurs journalistes soulèvent la question de l’évaluation des scientifiques sur leurs résultats de recherche uniquement et pas sur leur ouverture à la société civile, leur apport au débat public, leurs actions de vulgarisation et de pédagogie.

Finalement, les organismes publics de recherche doivent rendre des comptes aux citoyens, tout simplement parce qu’ils fonctionnent en grande partie avec les deniers publics. La « culture du secret » de certains organismes a été parfois critiquée. Les journalistes font partie du dispositif pour informer le public de ce que l’on fait avec son argent.

Les services de communication et les journalistes n’ont pas les mêmes rôles ni les mêmes objectifs. Il ne s’agit pas de les confondre mais de trouver des points communs, des convergences et des articulations, de fonder une alliance qui servira les intérêts de tous, notamment du public.

Rappel de la méthodologie

L’étude réalisée par Sircome en 2012 a montré qu’il était difficile de trouver un équilibre entre l’esprit des réseaux sociaux (ouverture, échange, sens de la formule, humour...) et l’identité, la légitimité et la crédibilité des organismes de recherche. Par ailleurs, les journalistes apparaissaient comme une cible privilégiée de la majorité de ces organismes, sur Twitter en particulier. Le fait que ce soit souvent le service de presse qui anime les comptes est d’ailleurs un signe fort.

Cette nouvelle phase de l’étude (avril-octobre 2013), centrée sur les journalistes scientifiques, avait pour objectif de mieux comprendre comment le développement des réseaux sociaux agit sur les habitudes de travail des journalistes et leurs attentes vis-à-vis des producteurs de science.

Elle repose sur deux types de données :

  • la réalisation et l’analyse d’entretiens semi-directifs avec 25 journalistes scientifiques, réalisés par Nathalie Dollé et Mathieu Jahnich, entre avril et septembre 2013 ;
  • l’analyse de la présence et l’activité de 50 journalistes scientifiques sur les réseaux sociaux et Twitter en particulier, par Aurélia Courtot en septembre 2013.

Elle a permis de formuler des recommandations concrètes concernant les bases du métier des relations presse, en particulier via les réseaux sociaux, et plus largement, autour des enjeux de débat public et de transparence.

L’étude a été subventionnée par six organismes : ADEME, ANDRA, CEA, INRS, INSERM, IRSTEA. N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus.

P-S

Photo : Screens, Michael Newman, licence creative commons.

2 Messages de forum

  • Bonjour, J’ai cliqué sur le lien pour vous contacter mais rien ne s’affiche sur la page. L’étude que vous avez faite m’intéresse beaucoup et j’aimerais que vous m’envoyiez le rapport. Je suis étudiante en Master 2 scientifique et je fais mon mémoire sur le journalisme scientifique en France après avoir fait un stage. J’avoue que j’ai beaucoup de difficultés à trouver des chiffres sur le journalisme scientifique en particulier. J’ai besoin de données pour étayer mes propos... Ça m’aiderait vraiment beaucoup.

    Pouvez vous répondre à mon commentaire et me donner une adresse mail à laquelle je peux vous contacter ?

    Bien cordialement, Une étudiante

Qu’est-ce que Sircome ? | About Sircome | Contact : Mathieu JAHNICH | Informations légales | Plan du site | rss twitter twitter rss