Le développement durable à l’école : une légitimité à conquérir

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Une récente étude financée par l’ADEME montre que les enseignants de collège sont démunis face aux enjeux du développement durable et des changements climatiques. Ces thèmes ne sont pas systématiquement traités et cela dépend de la bonne volonté et de la sensibilité de chaque enseignant. De leur côté, les collégiens sont assez peu curieux des questionnements touchant à l’environnement, n’ont pas vraiment envie de remettre en question le modèle de société actuel et ne se considèrent pas comme les futures générations qui vont être impactées par le changement climatique. Bref, il y a encore du travail.

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L’ADEME vient de publier une synthèse des résultats du projet de recherche « Quel climat à l’école ? Les « jeunes » face aux changements climatiques », réalisé dans le cadre du programme fédérateur Gestion et Impacts du Changement Climatique (GICC).

Cette recherche a été réalisée par Susan Kovacs, maître de conférence au laboratoire Geriico de l’Université de Lille, Sandrine Bernier, chargée d’études à l’Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA) et
Aymeric Blanchet, ancien Directeur de l’APPA.

Enjeux et méthodologie du projet
« Quel climat à l’école ? Les « jeunes »
face aux changements climatiques »

Peu de recherches ont été consacrées à la production et la circulation des discours sur l’environnement et le réchauffement climatique au sein des établissements scolaires que ce soit dans les classes, mais aussi parmi l’ensemble des activités organisées par les équipes scolaires et les partenaires parascolaires ou associatifs.

À quelles conditions et jusqu’où le collège peut-il constituer un lieu favorable à un travail de mobilisation autour des problèmes du climat et de l’environnement ?

Une analyse a été menée à partir d’une revue du corpus de supports pédagogiques et d’une enquête au sein de quatre collèges : Clément à Valenciennes, Thomas à Villeneuve d’Ascq, Charles et Roger à Strasbourg. En complément de ces données, le point de vue des collégiens a été pris en compte à la fois par questionnaire puis par entretiens semi-directifs.

Principaux résultats

Des enseignants démunis face au DD

Les auteurs soulignent que la majorité des enseignants interrogés déclarent ne pas être formés et compétents pour parler de développement durable et de changement climatique.

Ces thèmes leur sont imposés depuis peu et, pour un grand nombre, ils ne savent ni comment s’en saisir ni comment faire passer des messages sur le sujet.

Les niveaux de connaissance d’un enseignant à l’autre sont ainsi très variables, tout comme leur envie de se former sur le sujet.

Le DD n’est pas systématiquement traité en cours

Depuis 2007, le thème du développement durable doit être intégré au programme de toutes les matières. Mais pour de nombreux enseignants, il est difficile de le faire en sus de l’enseignement « de base ».

Les chercheurs expliquent que l’engagement d’un enseignant est finalement fortement lié à son propre système de valeurs ou encore à ses convictions personnelles, à sa capacité à prendre des initiatives et des risques.

Un nouveau défi pédagogique

Il est d’autant plus difficile pour les enseignants d’intégrer le développement durable à leur programme qu’il s’agit d’un sujet complexe et multidisciplinaire.

L’éducation au développement durable nécessite de sortir des cadres usuels d’enseignement pour définir un ensemble de compétences transversales à atteindre par les élèves. Il s’agit d’un nouveau défi pédagogique, en rupture avec la tradition disciplinaire de transmission des savoirs.

Des projets originaux mais fragiles

Les auteurs précisent que les projets d’éducation au développement durable sont ainsi le plus souvent le fruit d’expériences originales, spontanées, empiriques d’un ou plusieurs enseignants.

Sans véritable ancrage institutionnel, ils restent fragiles, dépendants d’une ou quelque(s) bonne(s) volonté(s). Même si un enseignant est impliqué, il ne reconduit pas forcément son initiative d’une année sur l’autre.

Des pratiques d’enseignement variées

L’étude a mis à jour des pratiques très diverses, s’appuyant sur des supports non traditionnels et non liés aux valeurs et aux références académiques habituelles (vêtements, murs d’expression…). Si elles sont bien menées, les élèves participent avec enthousiasme à ces expériences.

Les enseignants ont une certaine liberté d’action qu’ils apprécient car cela leur permet d’échapper aux contraintes d’une pédagogie classique.

Les chercheurs citent l’exemple du projet porté par un enseignant charismatique de physique-chimie du collège Clément à Valenciennes qui met l’accent sur « l’empowerment » de l’élève et sa mise en situation concrète : découverte d’informations lors des
séances d’un atelier, qui seront exploitées au sein de conférences
faites par les élèves; montage de site environnementaliste ; participation à des séances d’information et de formation auprès des élèves plus jeunes et plus âgés. La mise en place d’un agenda 21 scolaire est en cours.

Autre exemple, au collège Roger de Strasbourg, une enseignante de sciences et vie de la terre mène des projets environnementaux avec le soutien et la participation d’une enseignante d’EPS et de la documentaliste de l’établissement. Un concours « les trophées de
l’environnement » permet de valoriser les collégiens.

Une approche souvent « évangélisante » de conversion à la cause

Le débat (donner la parole aux élèves du collège) n’est jamais un objectif véritablement poursuivi par les professeurs. Ils centrent leurs discours sur les bons et les mauvais comportements dans les modes de vie d’aujourd’hui, engendrant de la culpabilité.

Les dimensions politiques et sociales sont habituellement laissées de côté par les enseignants. Les chercheurs soulignent qu’on arrive ainsi rapidement sur ce type d’enseignement à une approche « évangélisante » de conversion à la cause.

Peu de synergies avec les acteurs locaux

Les démarches environnementales qui concernent les bâtiments scolaires (nouvelle construction aux normes HQE, travaux d’isolation,
chauffage et eau chaude, solaire photovoltaïque…) portées par les collectivités ne suscitent que peu d’interactions avec les établissements. L’administration du collège et les élèves n’ont pas l’occasion de s’en approprier les enjeux.

Les Agendas 21 scolaires pourraient constituer une opportunité de construction de projets facilitant l’interaction entre l’établissement et les départements. Cependant, ils sont longs et complexes à élaborer. Les chercheurs soulignent qu’ils nécessitent l’implication de nombreux acteurs dont le rectorat, un fort apprentissage de la part des parties prenantes et une solide volonté.

De surcroît, il n’existe pas de dispositif d’évaluation des Agendas 21 scolaires et aucun de ses éléments ne rentre dans les critères d’évaluation de l’établissement. Ainsi, il n’y a pas de valorisation ni de reconnaissance officielle associées à ce type d’action.

Le projet d’établissement est le cadre général dans lequel s’exerce l’autonomie pédagogique du collège. Il laisse une place de plus en plus grande à l’interdisciplinarité dans les projets et les expérimentations. Ceci doit permettre l’intégration de problématiques complexes, telles que le changement climatique, par un traitement pluridisciplinaire. Cela n’est toutefois pas un objectif prioritaire des établissements, axés sur la réussite scolaire.

Les intervenants extérieurs à l’école

Certains associations interviennent dans les écoles et proposent leur offre de sensibilisation, en général thématique. En général, il n’y a pas de transmission d’un message transversal « changement climatique ».

Les auteurs expliquent que les choses changent lorsqu’il existe des
structures fédératrices de ces associations. En Alsace par exemple, l’Ariena propose une offre coordonnée et diffuse régulièrement de l’information vers les établissements et les enseignants.

Les collégiens assez peu curieux

L’enquête montre que les élèves ne saisissent pas très clairement les phénomènes scientifiques liés aux changements du climat et ont du mal à situer les problématiques climatiques dans un contexte socio-politique.

De manière générale, ils sont spontanément assez peu curieux des questionnements touchant à l’environnement. Plus les collégiens avancent en âge, plus leur intérêt pour l’environnement diminue. Les
filles semblent néanmoins légèrement plus sensibles à la problématique que les garçons.

De nombreuses difficultés à surmonter pour susciter l’adhésion des collégiens

Les chercheurs ont identifié plusieurs difficultés à surmonter pour susciter l’adhésion des collégiens.

Les collégiens sont sensibles à la cohérence entre discours théorique et réalité du terrain. Pour être motivés, ils doivent constater que ce qu’on leur apprend en classe est réellement pris en charge et appliqué par les collectivités et les entreprises.

Les efforts qui leurs sont demandés pour ancrer véritablement leurs actes dans une démarche de protection de l’environnement, s’inscrivent en opposition par rapport au modèle que la société leur propose. Ce modèle leur offre en effet un certain nombre de facilités et un confort de vie qu’ils n’ont pas vraiment envie de remettre en question.

Dans tous les cas, les jeunes ne se considèrent pas comme les futures générations qui vont être impactées par le changement climatique.

Enfin, les élèves sont exposés à une multitude d’acteurs et de discours : enseignants, associations… L’enseignement relatif au développement durable est fait de manière parcellaire : un peu de tri, un peu de biodiversité, un peu d’économies d’énergie… La problématique globale transversale est rarement présentée.

Les auteurs de conclure que si c’est aux collégiens de faire la synthèse de l’information reçue, ils ne sont pas toujours en capacité de globaliser les problèmes.


Documents joints

ADEME – Le développement durable à l’école (Avril 2014) (PDF – 769.7 ko)


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