Le dilemme de Showroomprivé

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Le spécialiste dans la vente événementielle en ligne Showroomprivé vient de diffuser une série de spots publicitaires intitulés « Le dilemme de… Camille / Ninon / Samia ». La marque elle-même est confrontée à un dilemme :

  • Faire de la publicité pour son site e-commerce et pour augmenter ses ventes, donner envie d’acheter toujours plus de produits (même s’il s’agit de produits « plus responsables ») en insistant sur les remises (« jusqu’à -70% sur les grandes marques ») et l’exclusivité.
  • Montrer qu’elle s’adapte « à un monde qui change à toute vitesse », qu’elle est engagée en faveur d’un autre modèle de consommation, qu’elle répond aux nouvelles attentes des consommatrices [à croire que les hommes n’achètent pas sur ce site], soucieuses de réduire leur impact sur l’environnement.

Le résultat n’est pas satisfaisant. Il me semble que le spot publicitaire « Le dilemme de Camille » ne respecte pas les règles déontologiques.

Dans ce spot, une jeune femme nous dit : « Je trie toutes mes ordures [image d’une vingtaine de bacs de tri de couleurs différentes en enfilade], j’essaie de manger bio [elle escalade une citrouille géante], j’ai vendu ma voiture, pour m’acheter un vélo [on la voit pédaler]. Faut que je pense à la planète [elle tient un ballon de baudruche en forme de Terre], que je sois plus écolo, mais je veux rester coquette, être bien dans ma peau [elle chevauche une licorne]. Pourquoi devrais-je choisir entre conscience et plaisir ? [sur une plage au soleil] » Voix off « jusqu’à -70% sur les grandes marques ». à l’écran : « notre engagement : faire grandir notre sélection de produits plus responsables ». « Showroomprive.com. Responsable de votre plaisir ».

Tout d’abord, le discours central de la publicité contrevient selon moi au point 1.1 de la Recommandation Développement durable : « La publicité doit proscrire toute représentation susceptible de banaliser, ou de valoriser des pratiques ou idées contraires aux objectifs du développement durable ». En particulier : « La publicité ne saurait inciter directement ou indirectement à des modes de consommation excessifs ou contraires aux principes de l’économie circulaire. »

En affirmant que l’on n’a pas à « choisir entre conscience et plaisir », qu’il faut consommer pour « rester coquet[te] » et « être bien dans [sa] peau »,  en proposant des produits de grande marque à « -70% », même s’ils sont « plus responsables », l’annonceur incite clairement les personnes à acheter toujours davantage, sans se poser la question de la pertinence de cet achat. Ce spot publicitaire encourage la surconsommation en renforçant le schéma « je consomme donc je suis heureux(se) ». Il est donc contraire aux règles déontologiques en vigueur. 

Par ailleurs, la première séquence, la femme devant une vingtaine de bacs de tri, est contraire au point 1.2 de la Recommandation DD « La publicité ne doit pas discréditer les principes et objectifs, non plus que les conseils ou solutions, communément admis en matière de développement durable. » Cette séquence donne l’impression qu’il est très compliqué de trier ses déchets alors que ce n’est pas le cas.

Nous verrons ce qu’en dit le Jury de déontologie publicitaire.

Merci à Céline Réveillac d’avoir attiré mon attention sur cette campagne.

La vidéo ayant été supprimée du web, voici quelques captures d’écran :

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3 Commentaires

  1. Enfin une analyse pertinente de cette publicité qui sous des airs politiquement corrects (le développement durable, la prise de conscience du réchauffement climatique), n’est en fait qu’une ode à la surconsommation. De plus, cette publicité tend à nous faire croire que la féminité heureuse et épanouie ne passe que par les achats toujours plus nombreux de vêtements et autres artifices. Je me demandais si j’étais la seule que cette pub agace, me voilà, grâce à vous, soulagée.

  2. Le Jury de déontologie publicitaire a rendu son avis début janvier 2021, suite à plusieurs plaintes déposées par des particuliers (dont moi-même) et par l’ADEME.
    En résumé : « le Jury considère que le message publicitaire litigieux, qui prétend surmonter l’antagonisme entre le plaisir d’acheter et la bonne conscience environnementale, n’est pas proportionné à l’ampleur des actions menées par l’annonceur en la matière ni aux caractéristiques du service dont il fait la promotion, et n’exprime pas avec justesse son action et ces propriétés, en adéquation avec les éléments justificatifs qu’il a fournis au Jury et sans qu’il soit allégué que le secret des affaires fasse obstacle à ce que d’autres éléments le soient. Cette publicité est, par conséquent, susceptible d’induire le public en erreur sur la réalité des actions menées et sur les caractéristiques du service en matière de développement durable au sens du point 2.1 de la Recommandation, lequel exige que les actions des annonceurs et les propriétés de leurs produits ou les caractéristiques de leurs services soient « significatives » pour pouvoir être revendiquées. »
    La publicité est jugée non conforme, mais l’argument relatif à l’incitation à la surconsommation n’a pas été retenu. Bien au contraire : « Le Jury considère que ce message ne repose pas sur une logique de déculpabilisation du consommateur pas plus qu’il n’incite à la surconsommation ou à des achats impulsifs ne répondant pas aux besoins, mais contribue au contraire à la prise de conscience de l’impact écologique de l’acte de consommation et encourage le public à s’interroger sur les conséquences de ses choix. »
    C’est dommage !
    L’avis complet : https://www.jdp-pub.org/avis/showroomprive-ddb-television-internet-plaintes-fondees/

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