Les journées sans malus écologique

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Depuis plusieurs semaines, le Groupe Jaguar Land-Rover fait la publicité sur les chaînes de radio publiques (France Info et France Inter notamment) de son opération « Les journées sans malus ». Transformer le malus écologique en argument commercial est un frein à la transition écologique et solidaire.

J’ai donc déposé deux plaintes : la première au CSA (opération contraire à la protection de l’environnement), la seconde au JDP (message publicitaire qui suggère une absence totale d’impact négatif). Nous allons bien voir si les dispositifs de régulation sont efficaces.

Une opération contraire aux enjeux de protection de l’environnement

La quasi-totalité des véhicules proposés à la vente par ces deux marques sont fortement émetteurs de gaz à effet de serre (4×4, SUV, sportives) et sont donc taxés par l’État à travers le malus écologique.

Depuis le 1er janvier 2020, le nouveau barème taxe davantage encore les véhicules émettant plus de 184 g de CO2 par kilomètre : le malus est passé de 12 500 à 20 000 €. Le message envoyé par le gouvernement est clair : les consommateurs sont invités à acheter des véhicules plus petits, plus légers, plus sobres pour lutter contre le réchauffement climatique.

Avec cette opération commerciale qui offre le malus aux acheteurs, les marques Jaguar et Land Rover promeuvent des véhicules fortement polluants et vont à l’encontre de la politique écologique du gouvernement. Ce type d’offre et la large campagne publicitaire qui l’accompagne sont un frein à la transition écologique et solidaire et devraient être sanctionnées.

La ministre Elisabeth Borne a elle même réagi : « Moins de cynisme et plus de civisme, c’est ce que je demande aux constructeurs automobiles qui contournent le #malus #écologique en le remboursant à leurs clients. Chacun doit prendre sa part de la lutte contre le #réchauffement climatique. » (Tweet du 23 janvier 2020 à 8h06).

De nombreux auditeurs de Radio France ont été heurtés par cette opération, comme en témoignent les nombreux messages publiés par la Médiatrice de RadioFrance sur son site.

J’ai donc saisi le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour dénoncer cette opération. Nous verrons si la plainte est jugé recevable et si une décision est prise par le CSA et laquelle.

Un véhicule électrique zéro émission ?

De surcroît, dans la pub radio, il est proposé à l’auditeur de « venir essayer la Jaguar I-PACE 100% électrique » et l’argument « Zéro émission » est avancé, sans aucune nuance.

Cette publicité ne respecte pas la recommandation Développement durable de l’ARPP, en particulier le point 2 – proportionnalité des messages. « La réalité de ces actions ou propriétés peut s’apprécier au regard […] des différentes étapes de la vie du produit. » « Le message publicitaire ne saurait suggérer indûment une absence totale d’impact négatif. »

En effet, la propriété « zéro émission » ne concerne qu’une étape du cycle de vie du produit : leur fonctionnement c’est-à-dire la phase de roulage pour une voiture électrique. Ceci devrait être précisé dans la publicité.

De surcroît, le même argumentaire incomplet était présenté sur plusieurs pages du site web de la marque (cf. copies d’écran ci-dessous) : « Une voiture 100 % électrique qui ne produit aucune émission polluante, ce n’est pas seulement mieux pour la planète, mais aussi pour vous. » « En tant que véhicule 100% électrique ne produisant aucune émission polluante, la I-PACE bénéficie de très nombreux avantages. »

J’ai signalé cet écart aux règles déontologiques au Jury de déontologie publicitaire et ma plainte sera jugée début mars. Depuis, l’annonceur a modifié son argumentaire sur son site web. Son propos est désormais plus nuancé.

L’argumentaire de Jaguar AVANT le dépôt de ma plainte au JDP
L’argumentaire de Jaguar AVANT le dépôt de ma plainte au JDP
Le nouvel argumentaire, qui respecte désormais la recommandation Développement durable
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