Maud Bourcereau : dans ce monde de finitude, il reste des champs inexplorés à la communication

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Forte de quinze années d’expérience dans la communication, Maud Bourcereau est consultante indépendante en organisation et transitions responsables depuis deux ans. Elle a accepté de contribuer au cycle de témoignages « La #comresponsable en action ». « L’idée pour moi est de prendre mes distances avec les schémas mentaux légués des organisations planificatrices des trente glorieuses dont nous sommes issus. Dans les métiers de la communication, ils se traduisent par une appétence pour la production d’outils et le besoin (illusoire) de contrôle. Il faut s’inventer d’autres normes, celles qui accueillent l’incertitude et régissent les enjeux écologiques. La communication a dans son essence la capacité de permettre les convergences. » « Si la communication doit faciliter la transformation, elle doit aussi générer de nouvelles zones de confort en accompagnant les salariés dans des postures plus ouvertes et plus empathiques. »

Bonjour Maud ! En quelques lignes, pouvez-vous décrire votre parcours et la fonction que vous occupez actuellement ?  

Après une formation en histoire et sciences politiques, j’ai fait une école de communication. Moi qui suis une littéraire, j’ai commencé ma carrière par le hasard des opportunités dans le secteur de l’énergie. Je ne l’ai plus jamais quitté. J’y ai occupé des fonctions de responsable de la communication dans des entités différentes : agence de communication pour l’industrie, association d’intérêt général, opérateurs privés et internationaux. Fin 2018, j’ai quitté le salariat puis je me suis mise à mon compte tout en débutant des fonctions d’enseignement en communication interpersonnelle dans le supérieur.

À quel moment avez-vous « basculé » dans une approche plus responsable de votre métier ? Savez-vous ce qui a provoqué votre prise de conscience ?

La prise de conscience a infusé sur un temps long. Pour vous en dire un peu plus, j’ai toujours évolué dans un contexte de transformation, celui inhérent au secteur des énergies. J’ai vécu l’ouverture à la concurrence, les jeux d’influence autour des normes électriques et des règlementations thermiques, l’essor des énergies renouvelables au sein des territoires, et l’arrivée des opérateurs privés. Dans le spectre large de l’activité de communication, celle qui défend les acquis m’intéresse moins que celle qui facilite la transformation. Or la transformation est la clef de voûte de la transition énergétique. Passer d’un modèle énergétique à un autre ne se limite pas à ajouter des capacités en énergies renouvelables. Je ne suis pas une perfectionniste dans l’âme mais je ne peux pas m’empêcher de tirer le fil jusqu’au bout. Selon moi, la responsabilité est d’abord une question de cohérence.

Au bout de la pelote et en matière d’énergie, il y a des questions de l’ordre du commun. Parmi elles, il y a la suivante : Comment organise-t-on la rencontre entre les infrastructures décentralisées et les territoires ? C’est un pur sujet de communication et la réalité montre qu’il n’a jamais été posé comme tel.

D’autre part, mon histoire personnelle entrait en résonnance avec l’histoire collective, celle à laquelle on participe tous en se confrontant aux enjeux climatiques. Il y avait clairement plus à faire que ce que je faisais. Pour moi, il s’agissait de trouver une forme d’émancipation au travail et une manière d’agir plus en profondeur.

Concrètement, comment se traduit votre engagement dans votre activité au quotidien ? Avez-vous le sentiment de faire un métier différent d’avant/des autres ?

C’est d’abord une intention claire et une approche différente. L’idée pour moi est de prendre mes distances avec les schémas mentaux légués des organisations planificatrices des trente glorieuses dont nous sommes issus. Dans les métiers de la communication, ils se traduisent par une appétence pour la production d’outils et le besoin (illusoire) de contrôle. Il faut s’inventer d’autres normes, celles qui accueillent l’incertitude et régissent les enjeux écologiques. La communication a dans son essence la capacité de permettre les convergences. Cette communication-là a une fonction agissante. Elle performe la transformation durable. Elle se dilue partout à l’intérieur et à l’extérieur des organisations, elle est transversale. Cette approche implique de la part des communicants qui en ont le titre d’en perdre le contrôle absolu. Mais, c’est aussi leur ouvrir des champs d’intervention plus vastes et les faire collaborer étroitement avec le design, la conduite du changement et toutes les entités des organisations. En entreprise, on me disait souvent « ça, c’est un sujet pour la com’ ». Par nature, un  « sujet pour la com’ » est un sujet global quand bien même il ne concerne pas tout le monde et en même temps.

Aujourd’hui, je propose des services en communication (une analyse, des formats, des sémantiques, une façon d’amener les sujets, des recommandations stratégiques et opérationnelles) qui répondent à ce souci de transformation collective. En tant que consultante, je ne sais pas à l’avance quelles seront les solutions. Ce que je sais c’est qu’il vaut mieux oublier le « kit de com ». Un intranet n’a jamais permis une circulation de la parole. De même qu’on ne peut pas revendiquer un changement en empruntant toujours les mêmes discours corporate. Les entreprises ont besoin de s’approprier les fameux nouveaux récits dont on entend de plus en plus parler. Si la communication doit faciliter la transformation, elle doit aussi générer de nouvelles zones de confort en accompagnant les salariés dans des postures plus ouvertes et plus empathiques. C’est aussi un travail d’évangélisation. L’idée est de venir nourrir le cadre opérationnel qui n’a pas forcément ce luxe du temps pour l’observation et la compréhension.  

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ? Y a-t-il des idées reçues contre lesquelles vous devez lutter ?

J’ai quitté le salariat et le confort qui va avec et que j’avais toujours connu. C’est un sacré changement. Tout n’arrive pas de manière clairvoyante au moment où vous le souhaitez. Et puis, il y a une nouvelle forme de désynchronisation avec les autres. Vous êtes prêts quand les autres ne le sont. Il faut attendre la vague. C’est un rapport au temps différent qui me force à gérer l’impatience.

À l’opposé, quelles sont les satisfactions que vous trouvez dans votre activité ? Où puisez-vous votre énergie ? Est-ce que vous aimez votre travail/activité et pourquoi ?

J’aime ce que je fais. Je me sens plus ancrée, davantage dans l’instant présent. Avant, j’allais toujours chercher des sujets sur lesquels personne ne m’attendait et je ne trouvais pas de grande satisfaction à faire ce qui m’incombait. Dans ce monde de finitude, il reste des champs inexplorés à la communication. Je rencontre des gens qui ne raisonnent pas comme moi, qui ont des compétences différentes et avec lesquels se crée une émulation très efficace. Je teste de nouvelles façons de faire y compris auprès des étudiants. C’est très encourageant de constater que cette approche nouvelle trouve écho.

Pouvez-vous nous présenter un ou deux projets/réalisations dont vous êtes particulièrement fière ?

Avec une agence de conseil, j’accompagne une équipe sur un processus de transformation. Je crée une communication qui synthétise tout le travail fait mais qui les incite aussi à se mettre en posture d’incarner en dehors de leur groupe ce qu’ils ont fait et comment ils en sont arrivés là. Le livrable est un support de restitution mais surtout un outil pour s’approprier le changement décidé collectivement. Ça ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà fait et ça ouvre de nouvelles forme de communication.

Pour terminer, avez-vous un conseil à donner ou une idée force à transmettre aux lecteurs de ce blog ?  

Dans une entreprise que j’ai connue, les managers étaient sensibilisés à dire « oui ». Il s’agissait de promouvoir les attitudes constructives face au changement. L’intention était naturellement louable. Pourtant, je voyais des managers dire un « oui » qui dans leurs gestes traduisait un « non ». En tant que communicant, il faut déceler les dissonances, notamment ces « oui » qui veulent dire « non ». Les transitions appellent des modèles hybrides. Pour être robustes, il est préférable de les décharger au maximum des incompréhensions et des engagements de façade. Pour être communicants, il convient d’observer de près des réalités internes et externes et de clarifier les situations.

Enfin, il me semble que les enjeux de transformation durable sont une opportunité pour les communicants d’accéder à une plus grande maturité. Pour ce faire, il faut sortir du « prêt à penser », et s’ouvrir à une dissidence bienveillante. Je pense vraiment que le changement viendra en communiquant mieux.

Retrouvez toutes les actualités de Maud sur son profil LinkedIn.

Appel à témoignages

Si vous êtes engagé·e en faveur d’une communication plus responsable comme Maud et que vous souhaitez partager votre expérience et votre point de vue, contactez-moi sur LinkedIn. Votre témoignage viendra enrichir la rubrique « La #comresponsable en action » du blog Sircome.fr.

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