Perception des risques : nucléaire en hausse, environnement et climat en baisse

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Les résultats 2012 du baromètre IRSN de la perception des risques et de la sécurité par les Français sont marqués par deux événements majeurs : la crise financière et l’accident nucléaire de Fukushima. Ainsi, les préoccupations des Français se focalisent d’abord sur les problèmes socio-économiques et les risques nucléaires enregistrent un niveau d’inquiétude jamais atteint depuis l’an 2000. En parallèle, les craintes vis-à-vis des risques environnementaux marquent un net recul et sont classées à leur plus bas niveau depuis leur introduction dans le Baromètre.

Depuis une douzaine d’années, l’IRSN suit l’évolution des attitudes et des opinions du grand public sur les risques et la sécurité grâce à des sondages réalisés par des instituts spécialisés. Voici les principaux résultats du Baromètre 2012 basé sur l’enquête réalisée en septembre et octobre 2011 auprès de 1013 personnes représentatives de la population française :

Ceux qui le souhaitent peuvent consulter librement le baromètre dans son intégralité en se rendant sur le site de l’IRSN.

Les problèmes les plus préoccupants
en France

En octobre 2011, le chômage (42 %) continue à être la première source d’inquiétude des Français mais les autres préoccupations voient leur classement profondément modifié. La misère et l’exclusion (29 %, – 10 points) s’écartent nettement du chômage et sont
au coude à coude avec les conséquences de la crise financière (30 %, + 9 points), qui retrouvent un score atteint en 2008. Les préoccupations liées aux risques nucléaires (18 %, + 10 points) progressent fortement pour se positionner à la 4e place et prennent le pas pour la première fois sur celles liées à l’insécurité (15 %), à la dégradation de l’environnement (12 %, – 6 points) et aux bouleversements climatiques (9 %, – 4 points). Les préoccupations
environnementales continuent de subir une érosion.

Cette année, les risques nucléaires sont classés à la 4e place des préoccupations des Français alors qu’ils étaient habituellement rejetés aux dernières places. Ils enregistrent un niveau d’inquiétude jamais atteint depuis l’an 2000, année où ils ont été introduits dans la liste des préoccupations proposée aux personnes interrogées : 18 % les choisissent en 2011 contre seulement 8 % en moyenne les autres années. À l’évidence, l’accident nucléaire de Fukushima en mars
2011 a marqué les esprits.

Autre domaine marqué par une forte hausse par rapport à 2010 : les conséquences de la crise financière. En octobre 2011, tout comme en 2008, ils sont 30 % à la juger préoccupante, ce qui constitue une hausse nette des réponses par rapport à 2010, avec plus 9 points. Cette hausse des réponses porte la crise financière à son plus haut niveau depuis 2004 et en fait la 2e préoccupation des Français (3e en 2010), à égalité avec la misère et l’exclusion. Le chômage, dont le taux de réponse se maintient autour de 40 % de réponses depuis 2008, reste leur principale préoccupation et conserve sa 1re place.

Ces inquiétudes croissantes liées aux risques nucléaires et aux questions économiques s’accompagnent d’un net recul des craintes vis-à-vis des risques environnementaux. L’érosion observée sur ce sujet depuis 2006 s’aggrave : la dégradation de l’environnement perd 6 points cette année, soit 12 points de moins par rapport à 2006 (24 % en 2006, 12 % en 2011) et les bouleversements climatiques perdent 4 points cette année, soit 11 points de moins depuis 2007 (20 % en 2007, 9 % en 2011). En conséquence, les questions environnementales reculent aux 7e et 8e places du classement, les plus faibles depuis leur introduction dans le Baromètre.

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Le graphique ci-dessous présente l’évolution du total des réponses (risques cités en premier et en second) depuis 1998, avec les regroupements suivants :

  • Le terme « environnement » désigne la modalité de réponse « la dégradation de l’environnement » à laquelle a été ajoutée en 2004 « les bouleversements climatiques ».
  • Le terme « économie » désigne « le chômage » et « la misère et l’exclusion » auxquels a été ajoutée en 2008 « les conséquences de la crise financière ».
  • Depuis 2000, le terme « risques individuels » regroupe les modalités de réponse suivantes : « le sida », « les risques alimentaires », « les toxicomanies (drogue, alcoolisme, tabac) » et « les accidents de la route ».

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Les problèmes d’environnement
les plus préoccupants

La pollution de l’eau (37 %), la pollution de l’air (33 %) et l’effet de serre (25 %) restent le trio de tête des préoccupations environnementales des Français, comme elles le sont depuis plus de 10 ans au-delà des variations annuelles.

Cette année, l’effet de serre reste encore dans le trio de tête des préoccupations environnementales malgré une forte baisse depuis 2 ans qui l’amène à son plus faible score (25 %) et l’éloigne nettement des deux premières préoccupations de tête : la pollution de l’eau (37 %) et la pollution de l’air (33 %).

En 2011, la pollution de l’eau inquiète le plus les Français (37 %, + 8 points), qui la placent au premier rang de leurs préoccupations environnementales. Depuis 2000, c’est la première fois que cette préoccupation se détache autant de celles concernant la pollution de l’air et l’effet de serre.

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L’opinion sur le nucléaire
après la catastrophe de Fukushima

Des inquiétudes croissantes sur les risques nucléaires
 

Les risques nucléaires enregistrent un niveau d’inquiétude jamais atteint depuis l’an 2000 : 18 % les choisissent en 2011 contre seulement 8 % en moyenne les autres années.

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Les centrales nucléaires subissent de plein fouet l’impact de l’accident de Fukushima, dégradant ainsi leur image de fiabilité
 

Tous les indices liés aux centrales nucléaires varient, pour atteindre parfois leur record historique. Les Français n’ont jamais été aussi nombreux à juger le risque des centrales nucléaires comme élevé (55 % cette année) et aussi peu à accorder leur confiance aux autorités (24 %). Seul échappe à cette dégradation l’indice de confiance sur la crédibilité des informations diffusées ; ils sont autant que l’an passé à penser que la vérité est dite sur les dangers des centrales nucléaires.

Les déchets radioactifs et les retombées radioactives en France de l’accident nucléaire de Tchernobyl ne sont pas concernés par l’augmentation du risque perçu, mais la perte de confiance dans les actions publiques, menées par les autorités les atteint également.

L’accident majeur : l’obstacle principal contre l’énergie nucléaire
 

Le Baromètre IRSN, dans ses éditions précédentes, montrait une image assez banalisée des centrales nucléaires par rapport à d’autres activités industrielles en termes de danger, de confiance aux autorités dans leurs actions de protection des populations ou de crédibilité des informations diffusées.

Mais il montrait aussi qu’elles sont les plus citées comme susceptibles de provoquer un accident grave ou une catastrophe. Aussi, c’est sans surprise que « les accidents de Tchernobyl et de Fukushima » est l’argument principal contre le nucléaire pour 42 % des personnes interrogées.

La sûreté nucléaire n’a jamais été aussi peu citée comme argument en faveur du nucléaire : 12 % cette année contre 21 % en 2002. Les Français restent plus nombreux à penser (37 % cette année contre 33 % pensant le contraire) que toutes les précautions sont prises pour assurer un très haut niveau de sûreté dans les centrales nucléaires françaises, mais de peu alors que l’écart était de 14 points l’an dernier (40 % d’accord contre 26 % pas d’accord).

Depuis 20 ans, l’indépendance énergétique de la France et le coût du kilowattheure sont les plus cités en faveur de l’énergie nucléaire. L’argument de l’absence d’émission de gaz carbonique, dans un contexte de crise économique, retrouve son score d’il y a 10 ans (17 %) et se place à nouveau derrière le coût du kilowattheure.

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