Les mots de l’environnement : stop aux euphémismes

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Crise écologique, risque environnemental, pollution et catastrophe sont des mots que l’on emploie et entend souvent. Ils sont pourtant inadéquats, selon Dominique Bourg, pour décrire les perturbations environnementales auxquelles nous sommes confrontés. Bien que douloureuse et déprimante, cette clarification dans le discours est indispensable pour véritablement poser le problème et se donner les moyens de construire des solutions pertinentes.

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J’ai participé le jeudi 27 novembre au colloque international « Énergie, environnement et écologie : apports croisés entre langues, cultures, disciplines et discours spécialisés » organisé par le laboratoire Institut des langues et des cultures d’Europe et d’Amérique (ILCEA) de Grenoble. J’y ai présenté les résultats d’une étude intitulée « Ville de demain 2014 », réalisée en 2013 pour le compte de m2ocity.

J’ai été marqué par l’intervention « Les mots de l’environnement » du philosophe Dominique Bourg, professeur à l’Institut de politiques territoriales et d’environnement humain de l’Université de Lausanne.

Selon lui, « la plupart des mots que nous utilisons pour désigner et décrire les difficultés environnementales sont inadéquats et encouragent surtout l’euphémisation des problèmes et la mollesse des réactions ».

Voici un résumé des exemples concrets qu’il a développés, en espérant ne pas trahir sa pensée.

Crise écologique

Il y a des crises partout aujourd’hui : économique, financière, de confiance, politique… Mais le terme crise est inadéquat. Tout d’abord, la temporalité des dégradations écologiques n’a rien à voir avec celle des crises. Ensuite, une crise sous-entend une charnière entre deux époques : une accumulation de problèmes puis des décisions de rupture sont prises pour déboucher sur une nouvelle ère. Nous n’en sommes pas là avec les perturbations environnementales. Une expression plus pertinente serait celle de tunnel et il nous faudra du temps avant d’en sortir.

Risque environnemental

La notion de risque se réfère à des dommages connus, éprouvés et circonscrits (comme le tabagisme ou l’amiante par exemple) et induit une forme de compensation. Le risque concerne le contenu. Mais les enjeux comme le changement climatique ou la biodiversité concernent le contenant. Ce n’est plus circonscrit, cela touche tout et de manière dynamique. Cela aurait plus de sens de parler de dommages transcendantaux.

Pollution

Quand on parle de « polluant », on parle d’une molécule nuisible. Mais ce n’est pas le cas pour le CO2 par exemple. Sans lui et l’effet de serre naturel qu’il génère sur Terre, nous ne serions pas là. Il serait plus approprié de parler de perturbation des cycles du carbone, de l’azote, de pression sur les flux de matière, d’épuisement des ressources comme le sable…
De plus, la pollution renvoie à des problèmes pour lesquels, dans notre esprit, il existe (ou existera) des solutions techniques. Or les perturbations dont nous parlons nécessitent d’autres solutions, qui articulent actions individuelles et collectives.

Catastrophe écologique

Le terme de catastrophe est lui aussi inadapté. Il signifie l’articulation entre une phase négative toujours suivie d’une nouvelle phase, positive celle-là. Or nous faisons face à un changement structurel, nous allons devoir nous adapter. Nous entrons dans une nouvelle ère, l’anthropocène. Nous avons atteint un sommet de puissance et nous allons redescendre. Le terme de dégradation écologique décrit mieux la situation actuelle.

Clarifier le discours pour imaginer demain

Crise écologique, risque environnemental, pollution, catastrophe… sont « des mots employés de manière ridicule aujourd’hui ». « Le développement durable ne concerne plus que le verdissement des grands groupes ».

Bien que douloureuse et déprimante, cette clarification dans le discours proposée par Dominique Bourg est indispensable pour véritablement poser le problème, pour appréhender les enjeux dans toute leur complexité et pour se donner les moyens d’inventer des solutions, de construire notre avenir dans une perspective de prospérité sans croissance.

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