Villes intelligentes : passer de la communication à l’appropriation

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L’étude m2ocity « Ville de demain 2014 » met en évidence que les villes diffusent très largement vers leurs publics externes le message sur leur capacité à innover. Elles affichent haut et fort leurs ambitions et leurs projets emblématiques : écoquartiers, démonstrateurs Smart Grids, initiatives d’Open Innovation, Internet des objets… De nombreuses villes innovent également sur le plan social, cherchent à impliquer et à accompagner les citoyens pour qu’ils définissent et s’approprient la ville de demain, leur ville.

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Entre septembre et novembre 2013, pour le compte de m2ocity, nous avons analysé 1 200 projets de « ville intelligente », tels qu’ils sont présentés par les villes sur leurs sites web, leurs brochures, leurs rapports développement durable… Cette analyse a permis d’identifier des projets emblématiques – tels que définis par les villes elles-mêmes, et de tirer des enseignements pour imaginer la ville de demain. Le rapport détaillé de l’étude est disponible sur la page suivante.

Parmi les résultats, l’étude met en évidence que beaucoup de villes se font (re)connaître en affichant leurs ambitions et projets à travers leurs outils de communication et nombre de manifestations, colloques, salons, etc. en France ou à l’étranger. Elles diffusent très largement « à l’extérieur » le message sur leur capacité à innover.

Le sujet énergétique est le premier
évoqué par les villes

L’énergie est le domaine d’action incontournable pour les villes. Elles accordent beaucoup d’importance aux projets qui ont trait au sujet. L’enjeu énergétique est à la fois global pour son effet sur le changement climatique mondial et local pour l’impact sur la facture des villes… et celle des citoyens. Les villes relaient à leur niveau les engagements européens ou français à travers les Plans Climat Énergie Territoriaux ou Agendas 21.

L’étude a permis d’identifier un foisonnement de projets autour de l’énergie : Smart Grids, démonstrateurs d’énergie, production locale d’énergies renouvelables, etc. Des moyens, publics et privés, sont alloués à des projets majeurs, parfois poussés par des industriels qui veulent démontrer la viabilité des modèles proposés. Ce foisonnement de projets comme étant le signe d’une volonté grandissante des villes d’apporter une réponse locale « intelligente » à l’enjeu énergétique.

Les démonstrateurs Smart Grid se multiplient. Citons par exemple ceux de GreenLys à Grenoble et à Lyon, Lyon Smart Community, Nice Grid, SoGrid à Toulouse ou encore « Vendée Grid » (qui illustre la volonté de recherche de solutions à l’échelle départementale). Ils servent à étudier diverses thématiques : production décentralisée et intégration d’énergies renouvelables, réseau électrique intelligent. Ils sont aussi l’occasion d’étudier les comportements des usagers ou des bâtiments intelligents qu’ils hébergent.

La participation des citoyens
aux décisions politiques

Ce foisonnement de projet, dans le secteur de l’énergie et bien d’autres (mobilité urbaine, gestion de l’eau, bâtiments intelligents…), montre qu’une dynamique locale est engagée, dans les métropoles comme dans les petites villes. Mais comment ces projets profitent-ils aux principaux intéressés : les habitants ? En effet, l’analyse montre que si les villes affichent « à l’extérieur » leurs projets, elles communiquent peu « à l’intérieur » pour partager leurs projets avec leurs administrés…

Toutefois, de bonnes initiatives sont engagées. Pour passer de l’affichage médiatique à la transformation du quotidien de leurs administrés, plusieurs pistes se dessinent. Tout d’abord, associer la population est clé dans le choix de la direction prise par la ville pour l’adoption des projets. E-democratie ou démocratie participative, Agora numérique, démarches de co-construction… visent à mettre le citoyen au cœur des processus décisionnels de la ville.

Les projets de mutation des villes s’élaborent sur la base de la co-construction citoyenne, tel le projet « Montpellier 2040 : Projet Urbain – imaginons ensemble la ville de demain ». Le projet « 2030 : vers le Grand Bordeaux, du croissant de lune à la pleine lune », décrit quant à lui le grand chantier des 20 prochaines années, pour lequel l’avis des administrés est sollicité.

L’accompagnement
vers de nouveaux comportements

Ensuite, accompagner la transformation permet la nécessaire appropriation par le citoyen, sans laquelle « livrer » des outils, des technologies ou des infrastructures est inutile. La « ville intelligente » passe par la modification des comportements de ses habitants.

Ambassadeurs du tri, comme à Nantes, qui viennent à domicile et expliquent le dispositif de collecte et de tri sélectif, conseillers dans les points info énergie ou médiateurs, comme à Toulouse, où un programme d’accompagnement des familles à revenus modestes aux éco-gestes est mis en place : certains projets de ville intelligente impliquent étroitement les habitants.

L’Internet des objets, de la ville
et des citoyens

L’accès à internet partout dans la ville, pour tous les habitants et/ou pour tous les objets, est une composante présente dans la quasi-totalité des projets de « ville intelligente ». Internet constitue à la fois un pré-requis, un facilitateur et un accélérateur des projets de « ville intelligente », de plusieurs façons.

Internet des objets

Les compteurs intelligents se généralisent. Ils permettent de piloter et d’optimiser la consommation d’énergie à l’échelle d’un bâtiment ou d’un quartier, mesurer et afficher les consommations d’électricité, d’eau ou encore de gaz, comme l’expérimentent déjà des villes comme Metz, le Havre ou Angers. Ils contribuent à rendre la ville plus durable et les citoyens mieux informés. Mais attention, l’information ne suffit pas et il faut penser à l’accompagnement des habitants pour interpréter ces données.

Pour conduire ses campagnes de maîtrise de l’énergie pour ses citoyens, la ville Nantes par exemple, à l’issue d’une phase de sensibilisation et d’observation, a sollicité l’avis des citoyens pour mieux faire coïncider les politiques publiques avec la réalité des comportements. L’avis citoyen a insisté sur un besoin d’information concrète et précise et sur un accompagnement. Nantes Métropole a depuis mis en place des conseillers climat dans les pôles de proximité. Lyon Habitat prévoit quant à lui la présence de conseillers lors de l’équipement des bâtiments éco-rénovés, Cité Perrache.

Internet de la ville

Avec les projets d’Open Data, les villes mettent à disposition leurs données et sont un terreau d’innovation et de co-création inédit pour les acteurs économiques et les citoyens invités à inventer les usages de demain, à l’échelle locale (ou nationale). Dialogue en ligne avec leurs administrés, informations en temps réel et bornes communicantes : on est passé à la génération 2.0 des outils de communication. Les réseaux sociaux complètent désormais le site internet municipal de façon vraiment utile et internet s’installe comme le média central pour informer et partager avec les habitants la vision de la ville de demain et ses projets phares.

Les initiatives d’Open Data sont également utilisées à des fins de création de service de dynamisme économique. Rennes, pionnière de l’Open Data, ouvre l’accès en ligne aux informations pratiques et géolocalisées de plus de 2 000 organismes publics et privés. Strasbourg organise fin 2013 un concours d’applications récompensant les services innovants, basés sur l’exploitation des données publiques et facilitant la vie quotidienne des strasbourgeois.

Internet des citoyens

La ville, en proposant de nombreux services « en ligne », profite des multiples possibilités offertes par les équipements (PC, tablettes, smartphones) et des accès à internet (dans les habitats comme dans l’espace public). Elle se crée en même temps de nouvelles obligations : on attend aujourd’hui de la « ville intelligente » qu’elle réduise la fracture numérique en accompagnant les populations sensibles dans l’adoption des nouveaux outils et services.

Aussi, les initiatives numériques dans les écoles, les quartiers défavorisés ou auprès des personnes âgées sont-elles autant d’initiatives attestant de l’action de la « ville intelligente ». Ainsi, la ville de Nîmes, qui poursuit depuis 2010 un programme ambitieux de réduction de la fracture numérique, installe dans les écoles maternelles et élémentaires le tableau blanc interactif connecté au web. Déjà une quarantaine d’écoles, soit plus de 300 classes, ont été équipées. La ville a également ouvert la première « cyber-base emploi » labellisée en activité en Languedoc-Roussillon. À Brest, le groupe Citoyenneté et Nouvelles Technologies a été voulu comme un lieu d’échange et d’actions sur les nouvelles technologies dans la cité.

E-citoyenneté, « do it yourself », Fab Lab, troc, accorderies, consommation collaborative ou alternative : l’appropriation des outils numériques par des citoyens plus connectés leur (re)donne les moyens de « prendre la main » sur leur ville.

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