Vincent David : la notion d’utilité est notre moteur au quotidien

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Pour ce deuxième témoignage du cycle « La #comresponsable en action », la parole est à Vincent David, fondateur de l’agence Relations d’Utilité Publique.

« Nous avons fait le choix d’accompagner la communication des organisations ayant des engagements sincères, réels et utiles à la société. » « J’espère que les acteurs de la communication vont prendre conscience de leur responsabilité quant aux enjeux écologiques et sociaux. En effet, la communication a la capacité de faire émerger de nouveaux imaginaires. Or il est urgent de changer nos modes de consommation et de préparer les consommateurs et les citoyens à un changement de société. »

Bonjour Vincent, en quelques lignes, pouvez-vous décrire votre parcours et la fonction que vous occupez actuellement ?

À la fin de mes études (droit, sociologie, communication et sciences politiques), j’ai rédigé un mémoire sur la notion d’opinion publique mondiale. À cette occasion, j’ai pu participé à Bonn, en 1999, à la COP 5 sur les changements climatiques. J’avais en tête de rédiger une thèse, mais j’étais engagé dans le milieu associatif depuis longtemps (notamment à la Fage) et j’ai préféré travailler dans ce secteur. J’ai alors eu l’opportunité de m’occuper, au sein de Coordination SUD, de la communication et du lobbying des ONG françaises pendant la présidence française de l’Union européenne en 2000. J’ai ensuite été responsable des relations extérieures de l’association Max Havelaar de 2001 à 2006.

Ces expériences m’ont conduit à créer, il y a bientôt 15 ans, Relations d’Utilité Publique pour accompagner associations, acteurs publics et entreprises sur la communication de leurs causes et de leurs engagements sociaux et environnementaux.

Nous sommes désormais une douzaine au sein de l’agence, organisée en Scop. Il n’y a pas de hiérarchie entre nous, nous prenons toutes nos décisions au consensus et nous sommes depuis des années en télétravail. Notre mode de fonctionnement très résilient est donc un atout dans cette période pour le moins complexe.

À quel moment avez-vous « basculé » dans une approche plus responsable de votre métier ? Savez-vous ce qui a provoqué votre prise de conscience ?

Même si j’ai étudié la communication à l’université et si j’ai fait de la communication dans mes premières expériences professionnelles, celles-ci ont été au sein du secteur associatif et sur des sujets liés au développement durable. Ce sont mes engagements qui m’ont donc amené à faire de la communication dédiée aux enjeux sociétaux.

Je m’estime chanceux et privilégié d’avoir pu, dès le début de mon activité professionnelle, faire coïncider mes convictions et mon métier. En effet, j’accompagne bénévolement depuis une vingtaine d’années des personnes cherchant un emploi dans l’économie sociale et le développement durable.
Et je peux constater la dissonance cognitive fréquente entre les emplois occupés et les aspirations profondes de plus en plus de salarié·es d’avoir des fonctions créant des impacts sociaux et environnementaux positifs.

Concrètement, comment se traduit votre engagement dans votre activité au quotidien ? Avez-vous le sentiment de faire un métier différent d’avant/des autres ?

Relations d’Utilité Publique est partie intégrante de Coopaname, la plus grande coopérative d’activité et d’emploi en France, depuis 15 ans. Nous mutualisons de la protection sociale, des formations et la trésorerie avec les centaines d’autres entrepreneurs salarié·es. Nous ne pouvons pas vendre l’agence car elle ne nous appartient pas étant donné que notre employeur est Coopaname. Cet ancrage très ancien dans un fonctionnement coopératif nous permet d’avoir beaucoup de recul vis-à-vis des nouveaux entrants de la communication qui affichent des engagements, mais qui restent encore dans des schémas économiques traditionnels.

En ce qui concerne le métier des agences, nous avons un avis assez tranché. En effet, selon nous, il ne peut y avoir de communication responsable que si les clients le sont, autrement dit si leurs produits, leurs services et/ou leurs démarches RSE sont véritablement créateurs d’externalités positives.
Les agences qui accompagnent le greenwashing, le diversitéwashing, le MadeinFrancewashing, le Covidwashing, etc. sont en fait irresponsables.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ? Y a-t-il des idées reçues contre lesquelles vous devez lutter ?

Après 20 ans d’activité professionnelle, je suis toujours très déçu du manque de passerelles et de coopérations entre les acteurs d’une même thématique (l’économie circulaire, le médico-social, la santé publique, etc.) et a fortiori entre des organisations travaillant sur des enjeux différents mais qui nécessiteraient pourtant davantage de transversalité et d’interdisciplinarité. Casser les silos, mutualiser ses moyens, partager ses ressources sont pourtant les conditions indispensables à l’avènement d’une société plus résiliente et solidaire.

À l’opposé, quelles sont les satisfactions que vous trouvez dans votre activité ? Où puisez-vous votre énergie ? Est-ce que vous aimez votre travail/activité et pourquoi ?

Comme je l’indiquais ci-dessus, les membres de Relations d’Utilité Publique ont fait le choix, depuis des années, d’accompagner la communication des organisations ayant des engagements sincères, réels et utiles à la société. C’est la notion d’utilité qui est notre moteur au quotidien. Nous pensons que la communication peut et doit créer de nouveaux imaginaires et être au service d’une transformation de la société. C’est donc très enthousiasmant.
Le revers de la médaille est que nos clients sont souvent des structures avec peu de moyens financiers. Nous n’avons donc pas les salaires et le train de vie des agences de communication qui se posent moins de question quant aux activités de leurs clients…

Pouvez-vous nous présenter un ou deux projets/réalisations dont vous êtes particulièrement fier ?

Depuis 2016, nous accompagnons la Fondation Daniel et Nina Carasso dans l’organisation des trois éditions des Rencontres de l’Alimentation durable qui réunit, tous les deux ans, plus de 500 professionnels de l’agriculture et de l’alimentation soucieux de leurs impacts sociaux et environnementaux. Outre le sujet qui est passionnant, la Fondation nous fait confiance sur l’événement de A à Z, c’est à dire la conception, le programme, la communication, les inscriptions, l’organisation technique, la recherche de prestataires responsables, la captation video et les actes.

Depuis 2019, nous travaillons beaucoup sur les questions de recyclage et réemploi. Outre un accompagnement global de l’éco-organisme Ecologic, depuis bientôt deux ans, notamment sur la refonte de sa stratégie de communication, Relations d’Utilité Publique a organisé les 20 ans de l’éco-organisme Screlec l’année dernière ; et cette année, un colloque sur le recyclage des déchets du bâtiment pour l’éco-organisme ecosystem ; une campagne d’influence pour le collectif Ïkos à Bordeaux et une campagne de notoriété pour les 20 ans du Réseau national des resssourceries, en partenariat avec l’Ademe.

Pour terminer, avez-vous un conseil à donner ou une idée force à transmettre aux lecteurs de ce blog ?

J’espère que les acteurs de la communication vont prendre conscience de leur responsabilité quant aux enjeux écologiques et sociaux. En effet, la communication a la capacité de faire émerger de nouveaux imaginaires. Or il est urgent de changer nos modes de consommation et de préparer les consommateurs et les citoyens à un changement de société. Les récentes tribunes signées par des communicants pour demander une régulation de la publicité sont un bon indicateur que la profession est en train de faire sa mutation.
Il faut désormais que les annonceurs et les agences accélèrent dans ce sens car leur capacité d’agir sur l’offre de produits et de services durables est immense.

Pour suivre les actualités de David, consultez son profil LinkedIn ou le site de l’agence RUP.

Appel à témoignages

Si vous êtes engagé·e en faveur d’une communication plus responsable comme David et que vous souhaitez partager votre expérience et votre point de vue, contactez-moi sur LinkedIn. Votre témoignage viendra enrichir la rubrique « La #comresponsable en action » du blog Sircome.fr.

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