Violentes attaques contre « l’extrémisme environnemental » aux USA

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Aux USA, les lobbies anti-environnement agissent généralement dans les couloirs des administrations et des assemblées parlementaires. Mais il arrive aussi qu’ils s’expriment ouvertement comme au cours des semaines passées où deux campagnes agressives ont été lancées par Free Market America et The Heartland Institute. La première soutient que la pensée écologique pousse l’Amérique au suicide économique. La seconde explique que le réchauffement climatique est une croyance avant tout partagée par des meurtriers, des tyrans et des fous.

Si je cherchais à faire échouer l’Amérique

Free Market America est un mouvement « de défense de la liberté économique face à l’extrémisme environnemental » qui dénonce le fait que « l’agenda environnemental soit devenu un pacte de suicide économique ». Le positionnement est clair !

Pour faire entendre sa voix, le mouvement a réalisé et diffusé plusieurs vidéos, dont celle qui s’intitule If I wanted America to fail, qui commence par la phrase « Si je cherchais à faire échouer l’Amérique ; si je cherchais à faire suivre l’Amérique plutôt que mener, souffrir plutôt que prospérer, désespérer plutôt que rêver… » et qui énonce une série de propositions comme autant de critiques à l’encontre de la pensée écologique et dont voici quelques exemples :

  • je ferais en sorte que les citoyens américains se sentent coupables lorsqu’ils utilisent l’énergie pour chauffer leurs maisons, faire rouler leurs véhicules, faire tourner leurs entreprises… ;
  • j’expliquerais à nos étudiants que nos usines et nos voitures polluent et sont responsables du réchauffement global (que l’on appelle changement climatique quand il fait plus froid en hiver) ;
  • je rendrais chère l’énergie bon marché (grâce aux taxes) pour que l’énergie chère semble bon marché et j’interdirais les sociétés américaines d’exploiter les ressources qui se trouvent sur notre propre sol ;
  • je créerais un nombre incalculables de nouvelles réglementations, si compliquées que même les bureaucrates n’arrivent pas à les comprendre ;
  • j’empêcherais les agriculteurs de cultiver la terre, les bucherons de couper du bois, les mineurs d’exploiter leurs mines, les entrepreneurs en bâtiment de construire ;
  • etc.

Les comptes Twitter et Facebook du mouvement ont été lancés le… 22 avril dernier, journée mondiale de la Terre ! Histoire d’accentuer le sentiment de complot, le mouvement affirme que son compte Twitter a été fermé de manière arbitraire le jour du lancement puis ré-ouvert une dizaine d’heures plus tard, sans explications.

Quelques recherches sur le web permettent d’identifier les deux groupes de pression qui portent ce mouvement :

  • Americans for Limited Government lutte contre « l’expansion de l’emprise du gouvernement fédéral » et pour « la liberté individuelle, la libéralisation des marchés et les principes de la Constitution » ;
  • Citizens for Lower Taxes and a Stronger Economy est un lobby de Floride qui s’est battu (et qui a gagné) contre un amendement qui prévoyait de donner la possibilité aux citoyens de donner leur avis sur les plans d’occupation des sols et de stopper les grands projets destructeurs.

Je crois au réchauffement climatique.
Et vous ?

The Heartland Institute est un thinktank basé à Chicago qui cherche « à découvrir, développer et promouvoir des solutions de libre échange aux problèmes sociaux et économiques ». Il est bien connu pour son soutien aux climato-sceptiques.

Le 3 mai dernier, quelques jours avant la tenue d’une conférence sur le climat qu’il organise à Chicago, l’Institut a lancé une campagne d’affichage dans cette même ville avec pour objectif « d’informer les américains sur l’effondrement des soutiens scientifique, politique et public à la théorie de l’origine humaine du réchauffement climatique » et de souligner « l’éthique discutable des partisans du réchauffement global ».

Pour cela, le parti-pris du thinktank est d’afficher les portraits de criminels ou tyrans notoires affirmant « Je crois au réchauffement climatique. Et vous ? ». Dans un communiqué, le président du Heartland Institute explique :
« Les plus éminents partisans du réchauffement climatique ne sont pas les scientifiques, ce sont Charles Manson (meurtier en série), Fidel Castro (dictateur cubain) ou Ted Kaczynski (dit Unabomber [terroriste américain et militant écologiste]). Les alarmistes du réchauffement global comprennent Oussama Ben Laden et James J. Lee (auteur de la prise d’otage au siège de Discovery Channel en 2010.
Les leaders du mouvement pro-réchauffement ont une chose en commun : ils veulent utiliser la force et l’escroquerie pour faire avancer leur théorie alternative. »

Ces personnages ont été choisis parce qu’ils ont fait des déclarations publiques sur la crise climatique, la responsabilité des activités humaines dans cette crise et la nécessité de prendre des mesures immédiates et drastiques. En pratique un seul visuel a été diffusé, celui avec Charles Manson (photo plus bas).

Le lendemain, l’institut retirait le poster en expliquant :
« Cette expérience a atteint ses objectifs : attirer l’attention du public. Le panneau était volontairement provocant […]. Nous remarquons que cette campagne a engendré des réactions plus passionnées encore que lorsque les alarmistes du climat comparent les climato-réalistes à des Nazis ou qu’ils disent que notre attitude condamne massivement nos enfants à la peine de mort. […]
Cela fait 15 ans que nous présentons les arguments économiques et scientifiques qui contrent l’alarmisme climatique et nous allons continuer, en particulier lors de notre conférence internationale du 21 au 23 mai prochain à Chicago. […]
Nous savons que cette campagne a mis en colère et déçu nombre de nos amis et soutiens financiers, mais nous espérons qu’ils comprendront les objectifs qui sous-tendent cette expérience. Nous ne nous excusons pas d’avoir diffusé cette affiche et nous continuerons à expérimenter des moyens originaux de communiquer la réalité climatique. » (source)

Il est tout simplement incroyable que de tels propos puissent être tenus publiquement. Alors comment réagissent les nombreuses entreprises qui subventionnent The Heartland Institute ? Certaines, comme Diageo (qui possède les marques comme Guinness, Smirnoff, Johnnie Walker, Moët & Chandon) ont annoncé l’arrêt des subventions. D’autres, comme Microsoft, ont indiqué que la posture de l’institut sur la question climatique n’était pas celle de l’entreprise et qu’ils désapprouvaient cette méthode de communication, mais restent imprécises sur leur engagement financier.

À lire sur le sujet :

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